Ce que le CE2 attend vraiment
Le programme de français du cycle 2 énonce une progression en trois marches, une par année. Au CP : « commencer à mobiliser l'ordre alphabétique pour utiliser un dictionnaire adapté ». Au CE1 : « prendre l'habitude de consulter des articles de dictionnaire adapté ». Au CE2 : « consulter avec aisance des articles de dictionnaire adapté pour y vérifier le sens supposé de mots rencontrés ».
L'ordre alphabétique est donc installé dès le CP. Au CE2, il n'est plus l'objectif : il est l'outil. Ce qui s'évalue, c'est la consultation d'un article — et une consultation a un but, que le texte énonce : vérifier un sens que l'on avait supposé.
Ces cinq évaluations respectent cette répartition. Les deux premières affûtent l'outil, là où il est encore fragile au CE2 : la lettre qui décide quand les mots commencent pareil, et les mots-repères d'une page. Les trois suivantes portent sur l'article lui-même — ses quatre parties, ses sens numérotés, et la façon de choisir celui qui convient à la phrase.
Chacune se corrige sur 20 et peut se passer seule, en vingt-cinq minutes.
1 sur 5
La lettre qui décide
Quand les mots commencent pareil, il faut aller plus loin.
Quatre paires de mots, et une seule question : à quelle lettre se joue le rangement ? Pour « chat » et « chien », à la troisième. Pour « grenier » et « grenouille », à la cinquième.
La quatrième paire est le cas particulier : « car » et « carte ». Il n'y a pas de lettre à comparer, puisque l'un des mots s'arrête. Le plus court passe devant.
Trois copies d'élèves sont ensuite à juger. La plus instructive range « école » après « zèbre » : dans un dictionnaire, l'accent ne compte pas, é se range comme e.
La dernière question fait énoncer cette règle, qui vaut aussi pour les majuscules et les traits d'union.
Deux mots qui commencent pareil ne sont pas rangés pour autant.
- Le rang de la lettre
- Le mot le plus court
- L'accent
- Trois copies
2 sur 5
Les mots-repères
Deux mots en haut de page disent tout ce qu'elle contient.
L'en-tête d'une page de dictionnaire est reproduit tel quel : un mot à gauche, un mot à droite. Six mots sont à tester, et l'élève coche ceux qui figurent sur cette page.
Les deux repères font partie de la page — ce sont son premier et son dernier mot. C'est le point que les élèves tranchent le plus souvent à l'envers.
Deux questions demandent de justifier une absence, pour deux mots qui ne figurent pas dans la liste à cocher : l'un tombe avant le repère de gauche, l'autre après celui de droite. Dans les deux cas, la justification tient au rang de la lettre qui diffère.
Le QCM ferme la fiche sur ce que sont les mots-repères, et sur leur utilité : décider sans lire la page.
Les repères font partie de la page : ce sont son premier et son dernier mot.
- En-tête de page
- Avant ou après
- Justifier
- Gagner du temps
3 sur 5
Lire un article de dictionnaire
L'entrée, la classe, les sens numérotés, l'exemple.
Deux articles sont reproduits dans leur mise en page d'origine : le mot en gras, l'abréviation de classe en italique, les sens numérotés, l'exemple de chaque sens précédé d'un tiret.
C'est cette mise en page que le CE2 doit savoir lire. « n. m. » veut dire nom masculin, et cette information est de grammaire, pas de sens — un élève qui l'ignore la saute sans savoir ce qu'il a sauté.
L'article de « souffler » donne deux sens : envoyer de l'air avec la bouche, et dire tout bas à quelqu'un ce qu'il doit répondre. La question fait choisir lequel convient à une phrase donnée.
L'exercice à relier fait nommer les quatre parties. Un article dit toujours ces quatre choses, dans cet ordre.
Un article dit quatre choses : le mot, sa classe, ses sens, un exemple par sens.
- L'entrée en gras
- Les abréviations
- Les sens numérotés
- L'exemple
4 sur 5
Vérifier un sens supposé
On devine, puis on va voir dans l'article.
C'est l'attendu du CE2, pris à la lettre. Deux articles sont donnés en haut de la fiche — « carte » et « gagner », deux sens chacun. Un court récit les emploie ensuite.
L'élève doit dire, pour chaque emploi, quel numéro de sens convient. « Sur la carte de la région » et « ils jouent aux cartes » n'appellent pas le même.
Une question porte sur la méthode elle-même : comment as-tu vérifié ? La réponse attendue décrit la démarche — lire tous les sens, puis regarder lequel convient à la phrase.
Le tri final range quatre phrases selon le sens de « gagner » qu'elles emploient. Un mot seul n'a pas de sens fixe : c'est son emploi qui le fixe.
Un mot seul n'a pas de sens fixe : c'est son emploi qui le fixe.
- Deux articles
- Le sens qui convient
- La méthode
- Trier par sens
5 sur 5
Chercher en quatre gestes
De la couverture au numéro du sens.
Une recherche complète tient en quatre gestes, et chacun réduit le champ : la partie du dictionnaire, la page, l'article, le sens.
Deux questions font choisir la partie : « tortue » se cherche vers la fin, « écureuil » vers le début — l'accent ne déplace pas le mot.
La troisième question porte sur ce qu'on fait une fois la page trouvée. Beaucoup d'élèves s'arrêtent au mot trouvé ; il reste à choisir le bon sens.
Le QCM final vise l'erreur la plus coûteuse : lire seulement le premier sens et refermer le dictionnaire.
Chaque geste réduit la recherche : le livre, la page, l'article, la ligne.
- Quatre gestes
- Trois parties
- Après la page
- Le bon sens
Compétences travaillées
-
Ranger finement
Trouver la lettre qui décide quand plusieurs mots ont le même début, et savoir que l'accent ne compte pas.
-
Trouver la page
Se servir des mots-repères pour décider si un mot figure sur une page, sans la lire.
-
Lire un article
Reconnaître l'entrée, la classe grammaticale abrégée, les sens numérotés et les exemples.
-
Vérifier un sens
Choisir, parmi les sens numérotés, celui qui convient à la phrase où le mot a été rencontré.
Trois années, trois attendus différents
La partie « Lexique » du programme de cycle 2 formule un objectif par année, et les trois se lisent à la suite. Au CP : « Commencer à mobiliser l'ordre alphabétique pour utiliser un dictionnaire adapté (papier ou numérique). » Au CE1 : « Prendre l'habitude de consulter des articles de dictionnaire adapté. » Au CE2 : « Consulter avec aisance des articles de dictionnaire adapté pour y vérifier le sens supposé de mots rencontrés. »
La progression va donc de l'ordre alphabétique vers l'article, et de l'article vers son usage. Le mot « article » apparaît dès le CE1 ; au CE2, il est accompagné d'une exigence de fluidité et d'un but précis — vérifier un sens supposé.
Cette formulation mérite qu'on s'y arrête : elle suppose que l'élève a d'abord supposé quelque chose. On ne consulte pas un dictionnaire à vide, mais pour confirmer ou corriger une idée qu'on s'est faite d'un mot en le lisant.
C'est la raison pour laquelle la quatrième fiche part d'un texte, et non d'une liste de mots : sans contexte, il n'y a pas de sens supposé, donc rien à vérifier.
Pourquoi l'accent ne compte pas
L'erreur la plus fréquente au CE2 consiste à ranger « école » après « zèbre », comme si le é venait après le z. Elle vient d'une idée raisonnable : les lettres accentuées ressemblent à des lettres supplémentaires.
Un dictionnaire français ne fait pas ce choix. Il range « élève » entre « élégant » et « elfe », c'est-à-dire exactement comme si le mot s'écrivait « eleve ». Trois conventions s'appliquent ensemble : la casse ne compte pas, les accents non plus, ni le trait d'union ou l'apostrophe. « Chou-fleur » se range comme « choufleur ».
Ces trois règles sont celles que le module de production applique pour ordonner les listes imprimées : le corrigé ne peut donc pas ranger autrement que le dictionnaire que l'élève a sous la main.
Il vaut la peine de les faire énoncer par l'élève plutôt que de les corriger au cas par cas. Un enfant qui a compris que l'accent n'est pas une lettre de plus ne refera pas l'erreur ailleurs.
Ce qu'un article apprend, et qu'une liste n'apprend pas
Ranger des mots développe une compétence réelle, mais bornée : elle porte sur la forme des mots, jamais sur leur sens. Un élève peut ranger sans faute une liste de vingt mots dont il ne connaît aucun.
Un article, lui, dit quatre choses : quel est le mot, à quelle classe il appartient, quels sens il peut prendre, et comment il s'emploie. Les deux dernières sont celles qui font progresser la lecture, parce qu'elles permettent de lever une ambiguïté rencontrée dans un texte.
C'est aussi là que se joue la polysémie, que le programme travaille par ailleurs au CE2 : « comprendre le lien sémantique entre sens propre et sens figuré dans les cas les plus fréquents ». Un article numérote ces sens, et le numéro est justement ce que l'élève doit apprendre à choisir.
Les trois dernières fiches sont donc construites sur des articles réels dans leur forme : entrée en gras, abréviation en italique, sens numérotés, un exemple par sens. Chacun a été contrôlé avant impression — chaque exemple emploie effectivement le mot qu'il illustre.
Méthode et vérification
Le programme de référence est l'annexe 3 de l'arrêté du 22 octobre 2024 — français du cycle 2, BO n° 41 du 31 octobre 2024. Sa partie « Lexique » fixe un objectif par année : le CP commence à mobiliser l'ordre alphabétique, le CE1 prend l'habitude de consulter des articles, le CE2 consulte « avec aisance » pour vérifier un sens supposé. Les deux premières évaluations portent sur l'outil, les trois suivantes sur l'article. Les classements imprimés sont calculés selon la règle du dictionnaire — casse, accents, traits d'union et apostrophes ignorés — et le module refuse de départager deux mots de même clé, cas pour lequel le CE2 n'a pas de règle. Chaque article de dictionnaire est contrôlé avant tracé : abréviation de classe connue, un exemple par sens, et présence effective du mot défini dans son exemple.