Nommer, c'était l'an dernier
Les trois registres — familier, courant, soutenu — sont nommés par le programme du CE1 : « Adapter le registre de langue utilisé (familier, courant, soutenu) à la situation de communication proposée : conversation entre pairs, dialogue avec un adulte connu, une personnalité inconnue. »
Le CE2 ne les renomme pas. Il demande de s'en servir, et il le dit avec des verbes d'action : « utiliser un registre de langue et adopter des postures adaptées aux situations proposées (jeux de rôles) », « changer de niveau de langue pour jouer des saynètes », « éviter les tics verbaux, les mots familiers » lors des prestations orales, « raconter oralement une histoire en respectant le registre soutenu d'un texte ».
Une fiche qui se contente de faire ranger des mots en trois colonnes propose donc, complètement, le travail de l'année précédente.
La première de ces cinq fiches garde ce classement — il faut bien nommer avant de manipuler — et les quatre autres font ce que le niveau demande : transformer, jouer, se corriger, raconter.
1 sur 5
Les trois registres
Le classement, et surtout la situation qui appelle chaque registre.
Six mots à ranger entre familier et soutenu — trois choses désignées deux fois. Le registre courant est volontairement absent du tri : c'est une question qui le fait retrouver.
Le second exercice change d'angle et pose la vraie question du niveau : à qui je parle ? Quatre situations, du meilleur ami dans la cour au maire de la ville. Ce n'est pas le sujet qui décide du registre, c'est le destinataire.
La dernière question de l'exercice ouvre toute la série : peut-on parler de la même chose dans les trois registres ? Oui — et c'est ce qui rend possibles les « exercices de style » que le programme cite.
Fiche à donner en premier : elle installe le vocabulaire des quatre suivantes.
- Six mots à ranger
- Quatre situations
- Le registre manquant
- À qui je parle
2 sur 5
Changer de registre
Le mot courant est donné ; trouver les deux autres.
Le tableau part du mot courant, celui que tout le monde comprend, et demande le familier et le soutenu. Le mot courant sert de pivot : c'est à partir de lui qu'on monte ou qu'on descend.
L'exercice suivant est ce que le programme appelle un « exercice de style » : une phrase donnée en registre courant, à récrire dans les deux autres. Le sens ne doit pas bouger — c'est toujours le même ami qui arrive en voiture.
La fiche se termine sur la distinction la plus importante de la série, et la moins évidente : un mot familier n'est pas un mot incorrect. Employé au mauvais endroit, il ne rend pas la phrase fausse, il la rend impolie.
Le mot courant est le pivot : on monte ou on descend à partir de lui.
- Huit mots à trouver
- Une phrase, trois versions
- Le pivot courant
- Correct mais impoli
3 sur 5
La saynète à rejouer
Une scène au marché, en registre familier, à rejouer autrement.
Le programme demande de « jouer des saynètes » en changeant de niveau de langue. La fiche porte donc une scène complète, six répliques, à lire à voix haute à deux avant toute question.
Trois questions font repérer ce qui la rend familière : les mots imagés, le tutoiement, et le « ne » de la négation qui disparaît — « J'ai pas trop de thunes ».
Six mots de la scène sont ensuite à relier à leur équivalent courant, ce qui donne à l'élève les moyens de la rejouer. La consigne suivante est justement de la rejouer, à deux, en registre courant.
La dernière question porte sur ce que le registre dit de la relation : cette scène suppose que le client et le marchand se connaissent. Rendue polie, elle change d'abord de personne — du « tu » au « vous » —, puis de vocabulaire.
Exercice central du niveau, et il est oral : la feuille n'en est que le support.
- Une scène à jouer
- Six mots à relier
- Le « ne » qui disparaît
- Du tu au vous
4 sur 5
Les tics verbaux
Trois exposés à corriger, et le tri entre tic et connecteur.
Le programme demande à l'élève d'« éviter les tics verbaux, les mots familiers » et de « varier les connecteurs » lors de ses prestations orales. C'est un objectif d'oral, rarement travaillé sur une fiche — celle-ci le fait par la correction d'exposés.
Trois élèves présentent le même sujet. L'un s'en tire bien, les deux autres accumulent « euh », « en fait », « genre », « voilà quoi » et un « trop bien » familier.
Le tri qui suit sépare ce qui se ressemble à l'oreille : le tic verbal et le connecteur. Le connecteur dit où l'on en est dans son exposé — d'abord, ensuite, enfin ; le tic verbal ne dit rien.
Le meilleur remède figure dans le corrigé, et il est contre-intuitif : remplacer un « euh » par un silence. Se taire une seconde le temps de retrouver son idée ne s'entend presque pas.
Un tic verbal ne s'entend pas soi-même : il faut se faire écouter.
- Trois exposés à corriger
- Tic ou connecteur
- Le silence utile
- Se préparer à voix haute
5 sur 5
Raconter en registre soutenu
Une fable racontée en familier, à raconter autrement.
Le programme demande que l'élève « raconte oralement une histoire en respectant le registre soutenu d'un texte ». La fiche donne donc l'inverse : une fable connue racontée en registre familier, à remonter.
Un mot du récit n'a pas été transformé — « se désaltérait », conservé de la fable d'origine. Il détonne au milieu du reste, et le repérer est déjà tout l'exercice.
La grille d'auto-évaluation se coche après avoir raconté, et non avant : cinq points à contrôler, des mots familiers remplacés jusqu'au « ne » des négations. C'est la prestation qui s'évalue, pas l'intention.
La dernière question ferme la série sur ce qui la fondait : le récit ne change pas d'histoire quand il change de registre. L'agneau boit, le loup arrive, l'emporte.
Fiche à donner en dernier : elle réemploie les quatre précédentes.
- Une fable en familier
- Le mot qui détonne
- Grille d'auto-évaluation
- Le sens ne bouge pas
Compétences travaillées
-
Les trois registres
Familier, courant, soutenu — et surtout la situation de communication qui appelle chacun.
-
Transformer
Récrire un mot, une phrase ou un récit dans un autre registre sans en changer le sens.
-
Jouer
Rejouer une saynète en changeant de niveau de langue, ce que le programme demande explicitement.
-
Se corriger
Repérer et éviter les tics verbaux et les mots familiers dans ses propres prises de parole.
Un mot familier n'est pas un mot incorrect
C'est la confusion la plus répandue, et elle rend le chapitre difficile à enseigner. « Bagnole », « boulot », « avoir les jetons » ne sont pas des fautes de français : ce sont des mots corrects, employés par tout le monde, et qui figurent au dictionnaire.
Ce qui peut être fautif, c'est leur emploi dans une situation qui ne les appelle pas. Écrire « mon boulot » dans une lettre au maire ne rend pas la phrase incorrecte : cela la rend impolie, parce que le registre choisi ne correspond pas à la relation.
Le dire ainsi change la façon dont l'élève reçoit la leçon. On ne lui demande pas d'abandonner sa façon de parler, on lui demande d'en avoir plusieurs et de savoir laquelle sortir. C'est exactement ce que le programme appelle « adopter des postures adaptées aux situations proposées ».
Un chapitre qui appartient au langage oral
Dans le programme, le registre de langue ne figure pas dans la partie « Grammaire » ni dans « Lexique » : il est dans « Langage oral », sous les objectifs « Prendre la parole » et « Participer à des échanges ».
Les verbes du texte le confirment : jouer des saynètes, adopter des postures, éviter les tics verbaux lors des prestations orales, raconter oralement. Aucun de ces gestes ne se mesure sur une feuille remplie en silence.
Une ressource imprimée n'est donc pas l'exercice — elle en est le support. C'est pourquoi deux de ces cinq fiches portent des textes à jouer et à raconter, et la dernière une grille d'auto-évaluation à remplir après la prestation. Les deux questions correspondantes n'ont pas de corrigé écrit : leur réponse s'écoute.
Trois changements, dans cet ordre
Quand un élève doit remonter une phrase du familier vers le courant, il commence spontanément par le vocabulaire. C'est le dernier des trois changements à faire, et le moins efficace pris isolément.
Le premier est la personne : passer du « tu » au « vous » quand la situation le demande. Le deuxième est la négation : à l'oral familier, le « ne » disparaît presque toujours — « j'ai pas », « je sais pas » — et il est obligatoire dès qu'on écrit.
Le troisième seulement est le vocabulaire : remplacer les mots imagés par leur équivalent. Cet ordre est celui du corrigé de la troisième fiche, et il rend la transformation beaucoup plus sûre : une phrase où le « ne » manque reste familière, même avec des mots choisis.
Méthode et vérification
Contenus originaux, cadrés sur l'annexe 3 de l'arrêté du 22 octobre 2024 — programme de français du cycle 2 —, partie « Langage oral », publiée au Bulletin officiel n° 41 du 31 octobre 2024. Les quatre gestes travaillés — transformer, jouer, se corriger, raconter — sont ceux que le texte du CE2 nomme, par opposition au CE1 qui se limite à nommer les trois registres. Les couples de mots sont déclarés une seule fois dans une table à trois formes dont tous les exercices dérivent : un mot ne peut donc pas être rangé « familier » dans un exercice et « courant » dans un autre. La fable de la cinquième fiche est une réécriture originale en registre familier, dont un seul mot d'origine a été conservé.