Un carnet plutôt qu'un questionnaire
Un questionnaire de lecture se répond en feuilletant. On y cherche le nom du chien, la couleur de la porte, le numéro du chapitre où quelqu'un crie — et l'on peut y répondre juste sans avoir rien compris.
Un carnet de lecteur demande autre chose. Il se remplit au fil de la lecture, une ligne après chaque chapitre, et il garde la trace de ce qu'on a pensé avant, pendant et après. Le programme du CE2 le nomme explicitement : « Il consigne ses expériences de lecture dans un carnet de lecteur. »
Ces cinq fiches sont ce carnet. Elles n'apportent aucune information sur le roman que l'élève ne trouverait pas en le lisant — et elles ne reproduisent aucun de ses extraits, puisque c'est une œuvre protégée.
En revanche, elles enseignent quatre gestes que le CE2 ajoute à la compréhension d'un récit : suivre les reprises d'un même personnage, comprendre ce qui n'est pas écrit, dire ce que ressent un personnage, et deviner un mot inconnu. Ces gestes se travaillent sur des textes écrits pour ces fiches, puis servent sur le roman — et sur les neuf autres livres que le programme demande de lire dans l'année.
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Avant de lire
La carte d'identité du livre, les hypothèses, le vocabulaire du livre.
La première fiche se remplit avant d'ouvrir le roman. Une carte d'identité — titre, auteur, illustrateur, éditeur, nombre de chapitres — que l'élève complète en manipulant l'objet livre.
Trois métiers y apparaissent, souvent confondus : l'auteur écrit, l'illustrateur dessine, l'éditeur fabrique et vend. Chercher soi-même où figure le nom de l'illustrateur fait partie de l'apprentissage.
Viennent ensuite trois hypothèses, à écrire avant d'avoir lu. Elles n'ont pas à être justes : elles servent à entrer dans le livre avec une question en tête, et on y reviendra à la dernière fiche.
Le vocabulaire du livre ferme la fiche : librairie, bibliothèque, libraire, éditeur — quatre mots qu'un roman se déroulant dans une librairie rend nécessaires, et dont trois forment une famille.
À remplir avant d'ouvrir le livre : c'est ce qui rend la dernière fiche intéressante.
- La carte du livre
- Trois métiers
- Trois hypothèses
- Une famille de mots
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Suivre l'histoire
Le tableau du carnet, à remplir chapitre après chapitre.
Le cœur du carnet : un tableau à cinq lignes, une par chapitre, avec trois colonnes — où et quand, ce qui se passe, ce que je ressens. Écrire peu, mais écrire à chaque fois.
Les questions qui suivent portent sur les gestes de lecteur, pas sur les détails de l'intrigue : qui raconte, à quel moment l'histoire bascule, ce que le narrateur pense de la lecture au début et à la fin.
L'une d'elles demande de recopier une phrase du livre avec son numéro de page. C'est ce que le programme appelle « revenir au texte pour identifier et comprendre les éléments complexes » : citer, c'est prouver.
La fiche se termine par deux exercices que le programme cite comme exemples de réussite : résumer en trois phrases, et inventer un autre titre.
Le tableau se remplit au fil de la lecture, jamais à la fin d'un coup.
- Le tableau du carnet
- Le moment de bascule
- Citer avec la page
- Résumer et titrer
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Savoir de qui l'on parle
Six reprises à démêler dans un texte écrit pour la fiche.
Le programme du CE2 introduit une notion nouvelle et exigeante : « se repérer dans la chaine anaphorique, qui relie un nom à sa ou ses reprises pronominales ou à d'autres noms de sens équivalent ».
Le texte de la fiche est écrit pour cela : un libraire y est désigné de trois façons — par son métier, par « l'homme », par « le commerçant » —, une cliente de deux, et un fils absent par un seul pronom.
Six mots à rattacher, et une question qui oblige à faire le compte : combien de personnes différentes dans ce texte ? Trois, pour six désignations.
Le tri qui suit sépare les deux sortes de reprises — par un pronom, par un autre nom — et la dernière question emmène le geste dans le roman : relever trois façons dont le narrateur désigne le buveur d'encre.
Six mots pour trois personnes : c'est la difficulté que le programme nomme.
- Un texte à démêler
- Six reprises
- Pronom ou autre nom
- Dans ton livre
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Ce que le texte ne dit pas
Quatre inférences, chacune avec l'indice qui la produit.
« Comprendre ce qui est implicite (inférences) en s'appuyant sur des indices explicites et sur ses propres connaissances » : c'est l'un des objectifs les plus difficiles du CE2, et l'un des plus rarement travaillés pour lui-même.
Le texte de la fiche ne dit jamais qu'il pleut, ni que la scène se passe dans une librairie, ni que le personnage est petit. Tout cela se déduit — d'un parapluie, d'un comptoir, d'un tabouret.
L'exercice exige les deux : la réponse ET l'indice. Un bon indice n'est jamais la réponse, il y mène.
Le vrai-faux qui suit ajoute une troisième case, qui est la plus importante : « on ne peut pas savoir ». Inventer une réponse plutôt que de reconnaître que le texte ne permet pas de trancher est l'erreur la plus fréquente des jeunes lecteurs.
Aucune des quatre réponses n'est écrite dans le texte : c'est la définition d'une inférence.
- Quatre indices
- Réponse et preuve
- On ne peut pas savoir
- Le préfixe im-
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Après la lecture
La fiche d'avis, la mise en réseau et la lecture à voix haute.
Cinq lignes d'avis, chacune avec un « parce que » obligatoire : le moment préféré, le personnage préféré, un passage mal compris, ce que le livre a fait penser de la lecture, et à qui on le conseillerait.
Puis la question qui donne son sens au carnet : ton avis du début a-t-il changé ? On relit ce qu'on avait écrit avant de lire, et on compare.
La mise en réseau vient ensuite, comme le programme le demande : connaître un autre livre où un personnage n'aime pas lire, et dire ce qui se ressemble. Le CE2 doit lire de cinq à dix œuvres complètes dans l'année ; les relier entre elles fait partie du travail.
La fiche se termine sur une grille de lecture à voix haute, à cocher après avoir lu devant quelqu'un. Le programme attend à ce niveau une lecture qui respecte toute la ponctuation, à quatre-vingt-dix mots par minute.
Un avis sans « parce que » n'apprend rien, ni à qui le lit, ni à qui l'écrit.
- La fiche d'avis
- L'avis qui a changé
- Relier ses lectures
- À voix haute
Compétences travaillées
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Tenir un carnet
Consigner sa lecture chapitre après chapitre : le lieu, l'action, ce qu'on ressent.
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Suivre les reprises
Savoir de qui parle une phrase quand le personnage est désigné par un pronom ou par un autre nom.
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Comprendre l'implicite
Déduire ce que le texte ne dit pas, à partir d'un indice — et savoir dire quand on ne peut pas savoir.
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Devenir lecteur
Donner un avis argumenté, relier ses lectures entre elles et lire à voix haute avec expression.
Pourquoi aucun extrait du roman n'est reproduit
Le Buveur d'encre est une œuvre protégée. Reproduire ses pages dans une fiche distribuée en classe ou téléchargée ne relève pas de la courte citation, et ces fiches n'en contiennent donc aucune.
Ce n'est pas seulement une contrainte : c'est un meilleur dispositif. Une fiche qui recopie deux pages du roman permet de répondre sans avoir lu le reste. Un carnet qui demande le numéro du chapitre, la page d'une citation, et l'évolution d'un personnage entre le début et la fin ne se remplit qu'avec le livre en main.
Les compétences du programme, elles, se travaillent sur des textes écrits pour ces fiches — un libraire qui ferme sa boutique, une cliente sous la pluie. L'élève y apprend le geste, puis l'applique au roman. C'est l'ordre habituel de l'apprentissage, et il a l'avantage de fonctionner avec n'importe quel livre.
La chaîne anaphorique, et pourquoi elle bloque la lecture
Le programme du CE2 introduit une expression rare dans les manuels : « se repérer dans la chaine anaphorique, qui relie un nom à sa ou ses reprise(s) pronominale(s) ou à d'autres noms de sens équivalent ».
Derrière le mot, une difficulté très concrète. Dans un récit, le même personnage est appelé successivement « le libraire », « il », « l'homme », « le commerçant ». Un lecteur expérimenté ne le remarque pas ; un lecteur de huit ans peut croire qu'il s'agit de quatre personnes.
C'est l'une des causes les plus fréquentes de décrochage en lecture, et elle est invisible : l'élève déchiffre parfaitement, mais perd le fil. Le repérer demande un exercice explicite — compter les personnages d'un texte court, et voir qu'ils sont trois pour six désignations.
La stratégie de secours vaut d'être enseignée telle quelle : quand on ne sait plus de qui parle une phrase, on remonte de quelques lignes jusqu'au dernier nom cité, et on vérifie que la phrase garde un sens.
« On ne peut pas savoir » est une bonne réponse
L'exercice d'inférence de la quatrième fiche propose trois cases : vrai, faux, et on ne peut pas savoir. La troisième est celle qui compte.
Un élève à qui l'on ne propose jamais cette option apprend qu'il faut toujours trancher, et il invente. C'est une habitude coûteuse : elle produit des réponses fausses données avec assurance, en lecture comme ailleurs.
Le texte de la fiche laisse volontairement deux questions sans réponse possible : Odile achète-t-elle le livre ? vient-elle tous les jours ? Rien ne permet de le dire, et le reconnaître est exactement ce que le programme attend quand il demande de s'appuyer « sur des indices explicites ».
La règle qui s'en dégage tient en une phrase, et elle sert bien au-delà de la lecture : on ne conclut que de ce qu'on peut montrer.
Méthode et vérification
Contenus originaux, cadrés sur l'annexe 3 de l'arrêté du 22 octobre 2024 — programme de français du cycle 2 —, partie « Lecture et compréhension de l'écrit », publiée au Bulletin officiel n° 41 du 31 octobre 2024. Les quatre gestes travaillés — chaîne anaphorique, inférences, émotions des personnages, élucidation du vocabulaire par le contexte et les affixes — sont ceux que le texte du CE2 nomme, de même que le carnet de lecteur, la mise en réseau et la vitesse de lecture à voix haute de 90 mots par minute. Aucun extrait du roman d'Éric Sanvoisin n'est reproduit : les deux textes support sont écrits pour ces fiches. Les seules données bibliographiques avancées — auteur, illustrateur, éditeur — figurent sur la couverture de l'ouvrage.