Des foires, et ce qu'elles font naître
Le programme écrit que le mouvement urbain « stimule l'économie marchande ». Sur les 11 241 caractères de la version précédente de cette page, l'expression comptait zéro occurrence.
La page parlait pourtant bien des foires de Champagne, des marchands et des chartes. Ce qui manquait est ce que ce commerce fait naître : des instruments, des réseaux, des métiers nouveaux.
« Banque » zéro, « lettre de change » zéro, « Hanse » zéro, « Bruges » zéro, « Venise » zéro. Le commerce y restait local, alors que le propre d'une économie marchande est de relier des horizons éloignés.
Ces cinq fiches suivent donc le mouvement : le cycle des foires, l'origine des marchandises, l'invention d'un papier qui remplace l'or, les villes et les ligues qui s'en nourrissent.
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Le cycle des foires
Six foires, quatre villes, et l'année entière couverte.
Lagny en janvier, Bar-sur-Aube en mars, Provins en mai, Troyes en juillet, Provins de nouveau en septembre, Troyes en novembre. Deux villes reçoivent chacune deux foires.
L'échelonnement est le cœur du système : un marchand peut aller de l'une à l'autre toute l'année, et la Champagne reste un carrefour en permanence.
Une foire n'est pas un marché. Elle dure plusieurs semaines, elle attire des marchands venus d'autres pays, et l'on y échange des marchandises que le pays ne produit pas.
Le comte de Champagne y trouve son compte : il protège les marchands sur les routes, et cette protection lui revient en taxes. C'est un investissement, non une générosité.
Le cycle tourne : c'est ce qui fait le carrefour.
- La foire
- Le cycle
- La Champagne
- Le comte
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D'où vient quoi
Un commerce à l'échelle de l'Europe et de la Méditerranée.
Les draps de laine viennent des villes de Flandre, les épices et la soie d'Orient par Venise et Gênes, les fourrures de la Baltique par les villes de la Hanse, le vin de Bourgogne et de Gascogne.
Quatre horizons au moins : c'est cela une économie marchande, et non un marché où l'on vend ce que produit le village voisin.
Pourquoi ces produits-là voyagent-ils, et pas le blé ? Parce qu'ils sont chers pour leur poids. Le blé, lourd et peu cher, se vend près de l'endroit où il pousse : le transporter coûterait plus qu'il ne rapporte.
Une chaîne suit ensuite le drap depuis l'atelier flamand jusqu'à l'acheteur italien, et fait compter les intermédiaires : au moins trois métiers différents entre les deux.
On ne transporte loin que ce qui vaut cher pour son poids.
- La Flandre
- L'Orient
- La Baltique
- Le drap
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Pourquoi un papier plutôt que de l'or
Trois raisons, et elles se tiennent toutes les trois.
Le vol d'abord : porter de l'or sur les routes, c'est risquer de tout perdre. Le poids ensuite : une grosse somme en pièces pèse et se remarque. Les monnaies enfin : chaque seigneur bat la sienne, et il faut sans cesse changer.
Les trois obstacles se cumulent, et c'est leur cumul qui rend le papier nécessaire. Une seule raison le ferait passer pour une commodité.
Une lettre de change est une promesse de faire payer une somme dans une autre ville, souvent dans une autre monnaie. On voyage avec le papier, non avec l'or.
Le changeur, lui, travaillait sur un banc installé sur la place — et c'est de ce banc que vient le mot « banque ». Quatre copies ferment la fiche, dont deux sont justes : compter avant de corriger évite de barrer une phrase exacte.
On voyage avec le papier, non avec l'or.
- La lettre de change
- Le changeur
- La banque
- La monnaie
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Les villes du grand commerce
Quelques villes très grandes, et des milliers de petites.
Vers 1300, Paris compte environ 200 000 habitants, Venise et Gênes une centaine de milliers, Bruges quarante mille. Troyes, elle, n'en compte qu'une dizaine de milliers.
Et pourtant Troyes compte : elle tient deux des six foires de Champagne. Son importance vient de son commerce, non de sa population.
Ces chiffres sont des estimations, et la fiche le dit. On ne recensait pas les habitants au Moyen Âge : les historiens les estiment à partir des impôts et des surfaces bâties. Savoir d'où vient un chiffre fait partie du travail.
La Hanse ferme la fiche : une association de villes marchandes de la mer du Nord et de la Baltique, qui s'unissent pour se protéger et obtenir des privilèges — le même geste qu'une commune, à une autre échelle.
Le nombre d'habitants ne fait pas le poids économique.
- Bruges
- Venise
- La Hanse
- Le privilège
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Ce que le commerce change
Le commerce ne remplit pas seulement des bourses : il fait la ville.
Six caractéristiques à trier entre le marché et la foire : la fréquence, l'origine des marchandises, celle des acheteurs.
Les deux ne s'excluent pas. Les villes les plus actives avaient les deux : le marché nourrit la ville toute l'année, la foire l'ouvre au commerce lointain quelques semaines.
La fiche demande ensuite un paragraphe rédigé, appuyé sur les mots du chapitre — économie marchande, foire, lettre de change, banque, comptoir, privilège.
Une dernière question exige une date. Citer le XIIe siècle vaut mieux qu'un « au Moyen Âge » qui couvre mille ans.
Le marché nourrit, la foire ouvre.
- Le marché
- La foire
- Le comptoir
- Le XIIe siècle
Compétences travaillées
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Lire un calendrier de foires
Compter les foires et les villes, et expliquer pourquoi elles s'échelonnent sur l'année.
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Situer l'origine des marchandises
Relier chaque produit à sa région, et comprendre pourquoi certains voyagent et d'autres non.
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Expliquer la lettre de change
Nommer les trois obstacles qu'elle contourne, et dire ce qu'elle promet.
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Comprendre une ligue de villes
Dire ce que la Hanse a de commun avec une commune : s'associer pour obtenir des privilèges.
Pourquoi la Champagne, et pas ailleurs
Les foires les plus célèbres du Moyen Âge occidental ne se tiennent ni à Paris ni dans un port, mais dans quatre villes moyennes de Champagne.
La première raison est géographique : la Champagne est à mi-chemin entre les villes drapières de Flandre et les ports italiens qui reçoivent les marchandises d'Orient. Les deux courants s'y rencontrent.
La seconde est politique. Le comte de Champagne garantit la sécurité des marchands sur les routes qui mènent à ses foires, et fait juger sur place les litiges commerciaux. Un marchand rassuré vient, et sa venue rapporte des taxes.
La troisième est l'échelonnement. Six foires réparties sur l'année permettent d'y revenir sans cesse : la Champagne n'est pas un rendez-vous, c'est une place permanente.
Le commerce fait naître des métiers
Une économie marchande ne se limite pas à acheter et vendre. Elle fait apparaître des métiers qui n'existaient pas.
Le changeur, d'abord, qui convertit les monnaies sur la place du marché — sur un banc, d'où vient le mot « banque ». Le prêteur ensuite, qui avance de l'argent contre une part du bénéfice. Le facteur enfin, ce représentant qu'un marchand installe dans une ville lointaine pour y traiter en son nom.
Ces métiers supposent un instrument : la lettre de change. Elle permet de payer ailleurs sans transporter d'or, et de faire crédit à distance. Sans elle, le commerce lointain resterait limité à ce qu'un homme peut porter.
C'est ainsi que le mouvement urbain « stimule l'économie marchande », selon les mots du programme : la ville concentre les acheteurs, le commerce lointain répond, et il invente les outils qui lui manquent.
Méthode et vérification
Contenu produit à partir du programme d'histoire du cycle 4 (annexe 3 de l'arrêté du 17 juillet 2020), classe de 5e, thème 2, sur l'effet que le texte nomme : le mouvement urbain « stimule l'économie marchande ». Le calendrier des foires et les provenances sont contrôlés avant impression. Les populations sont données comme des estimations.
- Programme d'histoire-géographie du cycle 4, annexe 3 de l'arrêté du 17 juillet 2020 (BO n° 31 du 30 juillet 2020) — classe de 5e, thème 2.