Inégalement connectées, et non inégalement peuplées
Le programme choisit ses mots : il parle de villes « inégalement connectées aux réseaux de la mondialisation ». Pas inégalement peuplées. C'est toute la difficulté du sous-thème, et son intérêt.
Lagos compte quinze millions d'habitants et Londres neuf. La première grandit très vite mais reste dominée ; la seconde est l'une des deux premières places financières du monde. La taille et la puissance ne se confondent pas.
Le programme donne un exemple, et un seul : Detroit, « Shrinking City ». Cette ville, qui fut l'une des plus riches du monde, a perdu 65 % de ses habitants depuis 1950. Le mot n'apparaissait pas une seule fois dans les trois pages de cette série.
Ces cinq évaluations portent donc sur ce qui relie les villes au monde — les aéroports, les ports, les câbles, les sièges des firmes transnationales — et sur ce qui arrive à celles qui en sont écartées.
1 sur 5
Évaluation 1 — où sont les villes qui commandent
Cinq villes sur un planisphère, et un tableau qui sépare la taille de la puissance.
Cinq villes sont numérotées sur un planisphère : Tokyo, New York, Londres, Shanghai et Lagos. Les deux villes du Sud sont hachurées, et la légende le dit.
Une question porte sur les vides de la carte : ces cinq villes ne sont pas réparties également sur la planète. Quatre sont dans l'hémisphère Nord, et aucune en Amérique du Sud ni en Océanie.
Le tableau demande ensuite de placer chaque ville sur une échelle à quatre niveaux : ville mondiale, très connectée, connectée mais dominée, à l'écart.
Et il pose la question qui fait tout le sous-thème : la ville la plus peuplée est-elle la mieux connectée ? Non. Lagos compte quinze millions d'habitants et reste dominée ; Londres en compte neuf et commande.
Un classement se justifie toujours par le critère employé.
- Tokyo
- New York
- Londres
- Lagos
2 sur 5
Évaluation 2 — ce qui relie les villes
Quatre réseaux, dont un qu'on ne voit jamais dans un paysage.
Quatre réseaux relient les grandes villes du monde : les aéroports, les ports à conteneurs, les câbles et les données, et les sièges des firmes transnationales. Des personnes, des marchandises, des données et des décisions.
Une question porte sur le seul réseau invisible : les câbles. Ils passent sous la mer et sous les rues ; on ne les voit pas, et ils relient pourtant les places financières en quelques millisecondes.
Le questionnaire fixe quatre définitions du sous-thème, dont celle de « firme transnationale » — un mot que les trois pages de cette série n'écrivaient pas.
Le dernier exercice demande des ordres de grandeur, et non des chiffres exacts : des dizaines de millions de passagers ou de conteneurs par an, et non des milliers.
Un réseau invisible peut peser plus lourd qu'un réseau visible.
- Les aéroports
- Les ports
- Les câbles
- Les sièges
3 sur 5
Évaluation 3 — Detroit, la ville qui rétrécit
1 850 000 habitants en 1950, 640 000 en 2020 : 65 % de perte.
Le programme cite une seule ville en exemple de « Shrinking City » : Detroit. Un diagramme met face à face ses deux populations, celle de 1950 et celle de 2020.
Le calcul se fait dans les deux sens : la perte en habitants — 1 210 000 —, puis la perte en pour-cent — 65 %. Le corrigé rappelle qu'on divise par la valeur de départ, jamais par celle d'arrivée.
Une chaîne explique le mécanisme en quatre maillons. Le premier les commande tous : l'automobile, qui faisait vivre la ville, se produit ailleurs. Detroit était une ville d'une seule industrie.
Le dernier maillon montre le cercle : moins d'habitants, donc moins d'impôts, donc moins de services — donc encore moins d'habitants. C'est ce qui rend le rétrécissement si difficile à arrêter.
Une ville qui dépend d'une seule activité est fragile, quelle que soit sa richesse.
- 1950
- 2020
- 65 %
- Shrinking City
4 sur 5
Évaluation 4 — classer les villes
Huit éléments à ranger, et une question sur ce que le classement cache.
Huit éléments sont à ranger dans deux colonnes : une ville bien connectée, une ville à l'écart. Chaque élément de gauche a son contraire à droite.
La question qui suit vaut la moitié de l'exercice : ces deux colonnes décrivent-elles deux catégories séparées, ou les deux bouts d'une même échelle ? Un dégradé, et le programme le dit avec l'adverbe « inégalement ».
Un texte décrit deux matinées, dans deux villes qu'il ne nomme pas. Métro plein, tours qui s'allument, vols de Singapour et de New York d'un côté ; une rue sur trois vide et une usine fermée depuis vingt ans de l'autre.
Le dernier exercice demande ce qu'une ville peut faire pour se connecter davantage — et toutes les réponses coûtent cher, ce qui explique que les écarts se creusent.
Le programme parle de villes « inégalement » connectées : l'adverbe dit qu'il s'agit d'un dégradé.
- Connectée
- À l'écart
- Le dégradé
- Les politiques
5 sur 5
Évaluation 5 — taille et puissance
Quatre verbes pour définir une ville mondiale, et un paragraphe à rédiger.
Une carte mentale définit la ville mondiale par quatre verbes : elle décide, elle relie, elle attire, elle rayonne. Aucune de ces quatre fonctions ne se mesure en nombre d'habitants.
Une question ouverte demande laquelle est la plus difficile à mesurer, et c'est la justification qui est notée, non le choix. On peut compter des sièges, des passagers ou des capitaux ; pas l'influence d'une image.
Un texte explique ce que la taille ne dit pas : une ville peut être immense et dominée, ou moyenne et puissante parce qu'elle abrite un siège, une bourse ou une institution.
Le dernier exercice demande un paragraphe de cinq phrases avec deux exemples chiffrés — le plan attendu à tous les paragraphes de géographie : annoncer, prouver, nuancer, conclure.
Cinq phrases, deux chiffres, une nuance.
- Décider
- Relier
- Attirer
- Rayonner
Compétences travaillées
-
Localiser
Cinq grandes villes sur un planisphère, et les vides de la carte.
-
Identifier
Quatre réseaux, dont un invisible dans tout paysage.
-
Calculer
La perte de Detroit, en habitants puis en pour-cent.
-
Distinguer
La taille d'une ville et son poids dans le monde.
Pourquoi Detroit, et pas une autre ville
Parce que le programme la nomme, et parce qu'aucun autre exemple n'est aussi net. Detroit comptait 1 850 000 habitants en 1950 ; elle en compte environ 640 000 aujourd'hui. Elle a perdu près des deux tiers de sa population en soixante-dix ans.
Ce n'était pas une ville pauvre : c'était l'une des plus riches du monde, capitale de l'automobile américaine. C'est justement ce qui rend l'exemple frappant — le rétrécissement frappe des villes qui ont été prospères.
Le mécanisme se lit en quatre temps. L'industrie part ; les emplois disparaissent ; les habitants suivent ; et les impôts rentrant moins, la ville ferme des écoles et des transports, ce qui pousse d'autres habitants à partir.
Le résultat se voit dans le paysage : des quartiers entiers vidés, des maisons abandonnées, des terrains rendus à la nature ou cultivés. La ville s'est déclarée en faillite en 2013.
Taille et puissance : deux classements qui ne coïncident pas
Si l'on range les villes du chapitre par population, on obtient Tokyo, Shanghai, Mumbai, New York, Lagos, Londres, Detroit. Si on les range par poids dans les réseaux mondiaux, l'ordre change du tout au tout.
Londres, sixième par la population, est une ville mondiale. Lagos, cinquième, reste dominée. Detroit, dernière aujourd'hui, fut l'une des premières il y a soixante-dix ans.
Ce qui compte, ce sont les fonctions : où se prennent les décisions, où se rejoignent les lignes aériennes, où s'échangent les capitaux, d'où partent les modes et les images. Aucune ne se mesure en habitants.
Le générateur de ces fiches refuse d'ailleurs un jeu de villes où le classement par population coïnciderait avec celui de la connexion : ce serait faire du sous-thème une simple liste de tailles.
Méthode et vérification
Contenu produit à partir du programme de géographie du cycle 4 (arrêté du 9 novembre 2015 modifié, BOEN n° 31 du 30 juillet 2020), classe de 4e, thème 1, second sous-thème. Le moteur `urbanisation_4eme` est partagé par les trois articles de la série. La perte de Detroit est calculée dans les deux sens ; les positions sur le planisphère sont contrôlées pour qu'aucune boîte n'en recouvre une autre. Les populations sont des ordres de grandeur, arrondis au million, et les fiches le disent.
- Programme de géographie du cycle 4, arrêté du 9 novembre 2015 modifié — BOEN n° 31 du 30 juillet 2020, classe de 4e, thème 1.
- Nations unies, World Urbanization Prospects — ordres de grandeur des agglomérations.
- Recensements des États-Unis — population de Detroit en 1950 et en 2020.