Connaître ses tables, ce n'est pas les réciter
Le programme de mathématiques du cycle 2 demande de « connaitre dans les deux sens les tables de multiplication ». Et il précise ce que cela veut dire : l'élève « sait donner oralement et par écrit l'un des trois nombres d'une égalité de type A × B = C ou C = A × B ».
Réciter « trois fois quatre, douze » ne suffit donc pas. Il faut savoir répondre à 4 × … = 12, à … × 3 = 12, et à 12 = 4 × … — trois questions qui n'ont pas la même difficulté, alors qu'elles portent sur le même résultat.
Ces cinq fiches sont construites là-dessus. La première installe le symbole × et la commutativité, la deuxième fait varier la place du trou, la troisième construit une table à partir d'une autre, la quatrième traite les doubles, les moitiés et les multiples de 25 que le programme énumère, la cinquième mesure la vitesse.
Un mot sur le calendrier. Le programme prévoit que « l'apprentissage des tables de multiplication s'étale sur l'année scolaire tout entière » et que la mémorisation « pourra être encore imparfaite en fin de CE1 ». Une fiche qui exige les dix tables sues en novembre demande plus que le texte.
1 sur 5
Le signe × et l'ordre des facteurs
Un rectangle compté de deux façons, et six égalités qui vont par paires.
Un rectangle de trois lignes de cinq cases. L'élève le compte en lignes — 3 × 5 —, puis en colonnes — 5 × 3 —, et constate que le résultat ne change pas. Le rectangle n'a pas bougé, seule la façon de le regarder a changé.
C'est un objectif explicite du CE1 : « comprendre et savoir que la multiplication est commutative ». Et c'est le levier qui divise le travail par deux — six égalités de la fiche ne donnent que trois résultats différents.
La fiche se termine par une question qui délimite la portée : pourquoi n'y a-t-il pas de commutativité pour la soustraction ? Parce que 5 − 3 ne donne pas la même chose que 3 − 5. L'élève n'a pas à calculer 3 − 5, seulement à voir que l'ordre change quelque chose.
Fiche à donner en premier : elle explique pourquoi la suite est deux fois moins longue qu'il n'y paraît.
- Le symbole ×
- Compter en lignes ou en colonnes
- La commutativité
- Trois résultats pour six égalités
2 sur 5
Les égalités à trou
Le trou au début, au milieu, à la fin — et l'égalité écrite à l'envers.
Quatre séries de quatre égalités, et le trou change de place à chaque série. C'est exactement ce que le programme décrit avec ses trois exemples : « 4 × … = 12 ; 5 × 3 = … ; 10 = 2 × … ».
Ces quatre séries n'ont pas la même difficulté. Le trou à la fin est le cas le plus facile : c'est le calcul direct. Le trou au début ou au milieu demande de chercher dans une table, ce qui est un autre geste. La quatrième série écrit le résultat en premier, ce qui déroute les élèves habitués à lire de gauche à droite.
C'est le sens du signe = qui est en jeu : il veut dire « c'est la même chose que », et se lit aussi bien dans un sens que dans l'autre.
Deux égalités de la troisième série ont deux fois le même facteur : 6 × 6 et 7 × 7 se retiennent bien.
- Le trou au début
- Le trou au milieu
- Le trou à la fin
- L'égalité à l'envers
3 sur 5
Construire une table à partir d'une autre
La table de 4 est le double de celle de 2 ; celle de 5, la moitié de celle de 10.
Deux tables à double entrée, dont une ligne est déjà remplie. La table de 2 étant donnée, celle de 4 s'obtient en doublant chaque case. La table de 10 étant donnée, celle de 5 s'obtient en prenant la moitié.
Le programme décrit ce mécanisme : « les premiers résultats disponibles servent de points d'appui pour en construire d'autres qui seront à terme mémorisés ». Une table n'est pas une liste à avaler, c'est un résultat qu'on peut retrouver.
La fiche se termine par trois copies d'élèves qui cherchent 6 × 7. Deux ont juste, par deux chemins différents — le double de 3 × 7, ou 6 × 5 plus 6 × 2. Le troisième tourne en rond sans rien calculer. L'élève doit dire lequel, et trouver un troisième chemin.
Multiplier par 4, c'est multiplier par 2 puis encore par 2 ; multiplier par 5, c'est multiplier par 10 puis prendre la moitié.
- Doubler la table de 2
- Diviser la table de 10
- Trois chemins pour 6 × 7
- Vérifier par la dernière lettre
4 sur 5
Doubles, moitiés et multiples de 25
Les faits multiplicatifs que le programme énumère nommément.
À côté des tables, le programme liste des « faits multiplicatifs usuels » à connaître : les doubles des nombres de 1 à 15, ceux de 20 à 50 de cinq en cinq, ceux de 100 à 500 ; les moitiés des nombres pairs de 2 à 30, des dizaines entières de 40 à 100, des centaines entières de 200 à 1 000.
Deux tableaux les font travailler. Une question relie ce vocabulaire aux tables : doubler un nombre, c'est le multiplier par 2 — le mot et le signe disent la même chose.
Une autre délimite le terrain : pourquoi ne demande-t-on jamais la moitié de 15 ? Parce que 15 est impair, et que sa moitié n'est pas un nombre entier. Le programme ne demande que les moitiés des nombres pairs.
La fiche se termine sur les quatre multiples de 25 que le texte cite tels quels : 1 × 25 = 25, 2 × 25 = 50, 3 × 25 = 75 et 4 × 25 = 100. Ils dépassent les tables de 0 à 10, et c'est normal : ce sont des faits usuels, listés à part.
Ces résultats servent partout : dans la monnaie, dans les durées, et plus tard dans les fractions.
- Les doubles du programme
- Les moitiés du programme
- Pourquoi pas la moitié de 15
- Les quatre multiples de 25
5 sur 5
Huit égalités en une minute
Le test de fluence du programme, en deux séries, avec un carnet de bord.
Le programme fixe un objectif chiffré : « à la fin du CE1, l'élève peut compléter huit égalités de ce type en une minute ». Cette fiche donne deux séries de huit, à faire à deux jours différents, chronomètre en main.
Les trous ne sont pas tous à la même place, et une égalité de la seconde série est écrite à l'envers : le test porte sur les tables dans les deux sens, pas sur la récitation.
Un carnet de bord de quatre lignes permet de noter la date, la série, le nombre d'égalités complétées et le nombre de justes. Le programme précise à quoi cela sert : ces tests « permettent aux élèves de prendre conscience de leurs progrès ». C'est une comparaison avec soi-même, pas avec les autres.
Trois questions ferment la fiche, autant pour l'adulte que pour l'élève : faut-il savoir toutes les tables en début d'année (non), peut-on vérifier à la calculatrice (non), à quoi sert de refaire la même série plus tard (à mesurer un progrès).
Un score faible en janvier ne veut rien dire. C'est l'évolution qui compte.
- Huit égalités, une minute
- Deux séries
- Le carnet de bord
- Sans calculatrice
Compétences travaillées
-
Le symbole × et la commutativité
Lire × « fois », et savoir que l'ordre des facteurs ne change pas le résultat — ce qui divise par deux ce qu'il reste à apprendre.
-
Les tables dans les deux sens
Donner l'un des trois nombres d'une égalité, que le trou soit au début, au milieu ou à la fin, et que l'égalité soit écrite dans un sens ou dans l'autre.
-
Construire plutôt que réciter
Obtenir la table de 4 en doublant celle de 2, celle de 5 en prenant la moitié de celle de 10, et 6 × 7 par plusieurs chemins.
-
Les faits usuels et la vitesse
Doubles, moitiés et multiples de 25 tels que le programme les liste, puis huit égalités en une minute.
Ce que « connaître dans les deux sens » veut dire
C'est la formule du programme, et elle est plus exigeante qu'elle n'en a l'air. Un élève qui récite sa table de 4 dans l'ordre peut être incapable de répondre à « 4 fois combien font 28 ? ». Il connaît une suite, pas une table.
Le texte précise l'attendu : donner « l'un des trois nombres d'une égalité de type A × B = C ou C = A × B ». Il y a donc six situations possibles, en comptant les deux sens d'écriture, et la deuxième fiche les fait toutes travailler.
La différence se mesure. Un élève à l'aise quand le trou est à la fin — le calcul direct — et bloqué quand il est au début ne connaît pas ses tables au sens du programme. C'est un diagnostic utile, et il ne coûte que quelques minutes.
Les tables s'étalent sur toute l'année
Beaucoup de fiches présentent les tables de 2 à 10 comme un bloc à mémoriser dans le trimestre. Le programme dit le contraire, et il le dit deux fois.
D'abord : « l'apprentissage des tables de multiplication s'étale sur l'année scolaire tout entière, de manière progressive ». Ensuite : « la mémorisation des résultats des tables étudiées en fin d'année pourra être encore imparfaite en fin de CE1 ; elle sera renforcée au CE2 ».
Un enfant qui ne sait pas toutes ses tables en fin de CE1 n'est donc pas en retard : il est là où le programme l'attend. Ce qui compte à ce stade, ce sont les points d'appui — la table de 2, celle de 5, celle de 10 — et la capacité à en construire d'autres.
Comment ces fiches sont fabriquées
Une fiche de tables comporte des dizaines de résultats. Les taper à la main, c'est se garantir une faute — et la faute la plus embarrassante est celle du corrigé, qui fait douter l'enfant de ce qu'il a juste.
Les données de cet article ne contiennent aucun produit. Une égalité s'y déclare par ses deux facteurs et la place de son trou : `4 × 3`, trou au milieu. Le reste — le produit, le creusement du trou, la version complétée du corrigé — est calculé, et par le même code des deux côtés.
Un contrôle automatique vérifie en outre que les facteurs restent dans les bornes du niveau : « A et B sont des nombres entiers compris entre 0 et 10 » pour les tables, et un plafond de 1 000 pour tout le calcul mental du CE1. La série des multiples de 25 dépasse la première borne : elle doit le déclarer explicitement, parce que le programme la range à part.
Méthode et vérification
Contenus originaux, cadrés sur l'annexe 4 de l'arrêté du 22 octobre 2024 — programme de mathématiques du cycle 2 —, publiée au Bulletin officiel n° 41 du 31 octobre 2024 et en vigueur depuis la rentrée 2025. Le format d'exercice, les bornes numériques, l'objectif de fluence et la liste des faits multiplicatifs usuels sont repris du texte. Aucun produit n'est saisi dans les données : chaque égalité est déclarée par ses deux facteurs et la position de son trou, et le résultat est calculé pour le sujet comme pour le corrigé. Un contrôle automatique vérifie que les facteurs restent entre 0 et 10 pour les tables, et que les résultats ne dépassent pas 1 000.