Ce que ces fiches travaillent
Reconnaitre ce qu'un conte étiologique explique et où se trouve son explication, lire un texte fondateur et sa forme qui revient, distinguer un monde créé d'un monde qui nait, et comparer les commencements de trois récits.
Chaque fiche porte son texte entier : un exercice de lecture qui renverrait à un texte absent de la page ne poserait pas de question.
Les cinq couples de formats sont ceux que l'article d'évaluations n'emploie pas.
1 sur 5
Fiche 1 — un conte qui explique le monde
La question est dans le titre, la réponse est dans la dernière phrase.
Un conte étiologique répond à une question sur le monde : pourquoi le singe vit-il dans les arbres ? La fiche installe la règle qui vaudra pour tout le chapitre.
La réponse est toujours à la fin, et elle se reconnait à ses mots. « C'est pourquoi », « c'est pour cette raison », « depuis ce jour » : tant que cette phrase n'est pas venue, le récit n'a encore rien expliqué.
Le titre annonce le singe, et le récit commence par le chat sauvage. C'est normal, et la fiche le fait remarquer : un conte raconte d'abord ce qui s'est passé, et n'explique qu'ensuite.
Le tableau suit quatre paroles du récit dans l'ordre et demande qui les dit, puis ce qui suit. C'est un travail de lecture précise : chaque réponse est une phrase du texte, et rien d'autre.
L'explication d'un conte étiologique est sa dernière phrase.
- Huit cases à remplir
- Trois lignes à cocher
- La question et la réponse
2 sur 5
Fiche 2 — le même mécanisme, un autre peuple
Une autre chute, les mêmes mots : la règle tient d'un conte à l'autre.
Le conte de cette fiche vient des Fiote, au Congo ; celui de la fiche 1 venait des Ewhé, plus à l'ouest. Deux peuples différents, deux animaux différents, et la même façon de raconter.
La chute porte les mêmes mots. « C'est pour cette raison que… » répond à « C'est pourquoi… ». Une fois ces mots connus, on sait où chercher la réponse dans n'importe quel conte étiologique.
Ce qui change, c'est la cause. Le singe se méfie par peur ; le crocodile épargne la poule à cause d'un raisonnement. Mbambi lui fait remarquer que les canards, les tortues, la poule et le crocodile pondent tous des œufs.
Un récit peut donc expliquer par la peur ou par la parole, et c'est déjà une différence entre deux traditions — la première que ces fiches font voir.
La même règle tient d'un conte à l'autre, sur deux continents.
- Quatre lignes à cocher
- Trois copies
- Deux contes, une règle
3 sur 5
Fiche 3 — un texte fondateur, et sa forme qui revient
Trois journées bâties sur le même patron, et un texte qui juge lui-même.
Un texte fondateur est un récit sur lequel une culture entière s'est bâtie. Le programme demande d'en découvrir au moins un ; celui-ci ouvre la Bible, et l'on en lit les trois premiers jours.
Ce qui frappe d'abord, c'est la répétition. Chaque journée suit le même patron : Dieu dit, la chose est, Dieu nomme, et la journée se ferme sur « il y eut un soir, et il y eut un matin ». Trois fois de suite.
Le texte juge lui-même ce qu'il raconte : « Dieu vit que la lumière était bonne ». Ce n'est pas le lecteur qui décide, c'est le texte qui l'écrit — et c'est là qu'on cherche les valeurs d'un récit.
La traduction compte, et la fiche le dit : ce français-là est celui de Louis Segond, mort en 1885. Le texte hébreu est bien plus ancien ; les mots français, eux, ont cent cinquante ans.
Un texte fondateur se reconnait souvent à une forme qui revient.
- Quatre copies
- Trois traits à tracer
- Ce que le texte dit de la lumière
4 sur 5
Fiche 4 — un monde qui nait au lieu d'être créé
Les mêmes questions, un tout autre verbe : ici, rien n'est créé, tout nait.
Personne ne crée, dans ce texte. C'est la différence la plus nette avec la fiche précédente. Dans la Genèse, Dieu crée, sépare et nomme ; dans la Théogonie, les choses naissent.
Le monde y est une famille. Une théogonie est une naissance des dieux : le poème raconte des générations, et chaque être du monde y a des parents. « De Khaos naquirent Érébos et la noire Nyx », « Gaia enfanta l'Ouranos étoilé ».
Les noms sont des choses. Gaia est la Terre, Nyx la Nuit, Ouranos le Ciel : en grec, ce sont les mots ordinaires, et le poème les écrit avec une majuscule et les fait agir. C'est cela, devenir sensible aux symboles.
Ce texte a huit siècles avant notre ère. Le français est celui de Leconte de Lisle, qui a choisi de garder les noms grecs tels quels : Khaos plutôt que Chaos, Olympos plutôt qu'Olympe.
Un monde créé a un auteur ; un monde qui nait a une généalogie.
- Quatre traits à tracer
- Six noms à ranger
- Créer ou naitre
5 sur 5
Fiche 5 — deux continents, la même ouverture
Comparer ce que chaque récit explique, et par quels mots il commence.
Trois mots, deux continents. Le récit de cette fiche a été recueilli au Canada, chez les Tchiglit, en juillet 1870 ; il commence par « Au commencement ». La Genèse, écrite au Proche-Orient bien plus tôt, commence par les mêmes trois mots.
Personne n'a copié sur personne, et la fiche le dit franchement : ce sont deux traducteurs français qui ont choisi ces mots. Comparer des textes traduits, c'est aussi comparer des traductions.
Ce qui se ressemble vraiment, c'est le geste : les deux récits nomment quelqu'un qui crée et disent ce qui vient en premier. La Théogonie, elle, ne nomme aucun créateur.
Un récit collectif a pourtant un conteur, et la dernière ligne le dit : « Racontée par Arviuna, en juillet 1870. » Le récit appartient à tout un peuple, mais quelqu'un l'a dit ce jour-là.
Comparer, ce n'est pas classer.
- Huit phrases à ranger
- Six cases à remplir
- Comparer, puis écrire
Compétences travaillées
-
Reconnaitre un conte étiologique
Il répond à une question sur le monde, et sa réponse est la dernière phrase du récit.
-
Lire un texte fondateur
Une forme qui revient, un geste qui se répète, et un texte qui juge lui-même ce qu'il raconte.
-
Créer, ou naitre
Certains récits nomment un créateur ; d'autres font naitre le monde sans personne.
-
Comparer des récits
Regarder par quels mots chacun commence, qui y agit, et ce qu'il explique — sans chercher lequel a raison.
Cinq textes, quatre continents, et pas un mot retapé
Le programme demande « au moins un texte fondateur » et « quelques mythes et contes étiologiques » venus de « différents continents et traditions culturelles ». Ces fiches en portent cinq : la Genèse, la Théogonie d'Hésiode, un récit de création tchiglit recueilli au Canada, et deux contes africains, ewhé et fiote.
Aucun n'a été recopié à la main. Chaque extrait est découpé dans le fac-similé de son édition par sa première et sa dernière phrase, et le nombre de paragraphes obtenu est comparé à celui qu'on a relevé en lisant la page. Un extrait amputé se lirait comme un extrait entier ; c'est le seul contrôle qui le voit.
Tous sont dans le domaine public, et c'est calculé, pas supposé : le plus tardif des cinq l'est depuis 1995. Le traducteur compte autant que l'auteur — c'est lui qui signe le texte français.
Deux récits, deux continents, la même ouverture
La Genèse commence par « Au commencement ». Un récit tchiglit raconté par Arviuna en juillet 1870, à l'autre bout du monde, commence par les mêmes trois mots.
Ce n'est pas une coïncidence mystérieuse, et la fiche le dit : ce sont deux traducteurs français qui ont choisi ces mots-là. C'est justement ce qu'il faut savoir quand on compare des textes traduits — on compare aussi des traductions.
Ce qui se ressemble vraiment, c'est le geste : les deux récits nomment quelqu'un qui crée, et disent ce qui vient en premier. La Théogonie, elle, ne nomme aucun créateur : chez Hésiode, les êtres naissent les uns des autres.
Méthode et vérification
Un chapitre de littérature semble échapper à la vérification. Il n'y échappe que si l'on pose des questions d'opinion. Toutes les réponses attendues ici sont DANS LE TEXTE, et un contrôle les y retrouve au caractère près : il refuse aussi bien une phrase inventée qu'une phrase attribuée au mauvais récit du corpus — deux fautes qu'un corrigé cohérent avec son sujet ne montre jamais. Trois autres faits se calculent. Un conte étiologique répond à une question sur le monde, et sa réponse est une phrase de la FIN du récit, reconnaissable à ses mots : « c'est pourquoi », « c'est pour cette raison ». Le contrôle exige qu'elle soit dans le dernier tiers du récit — sans quoi ce n'est pas une chute, c'est une remarque en passant. Le commencement, lui, est relu dans le premier bloc : c'est ainsi qu'on peut affirmer, sans le supposer, que la Genèse et un récit tchiglit recueilli au Canada en 1870 ouvrent par les mêmes trois mots. Enfin, une comparaison ne compare que si chaque colonne SÉPARE : un axe qui donne la même valeur à tous les récits se remplit sans lire, et deux récits dont toutes les valeurs coïncident ne se distinguent pas. Les droits, eux aussi, sont calculés plutôt qu'affirmés : chaque texte déclare ses ayants droit et leur année de mort, le TRADUCTEUR compris, puisque c'est lui qui signe le français qu'on découpe.
- Programme de français pour le cycle 3, arrêté du 10 avril 2025 (BO nº 16 du 17 avril 2025), partie « Culture littéraire et artistique », entrée de la classe de sixième « Créer, recréer le monde : récits des origines (récit, fiction) ». La notice est citée mot pour mot : « l'élève découvre au moins un texte fondateur (issu notamment des religions monothéistes) et quelques mythes et contes étiologiques (issus de différents continents et traditions culturelles). Il les compare, devient sensible aux symboles et aux métaphores, s'interroge sur les représentations et les valeurs qu'ils portent. » Les cinq textes viennent de fr.wikisource.org et sont tous dans le domaine public : le plus tardif l'est depuis 1995.