Ce que ces évaluations mesurent
Séparer ce qu'un personnage croit de ce qui est, reconnaitre ce que fait une réplique, repérer ce qui trahit un déguisement, et mesurer ce qu'une scène change au savoir de chacun.
Chaque sujet porte sa scène entière et la situation nécessaire pour la comprendre : rien n'y suppose la lecture de la pièce complète.
Les cinq couples de formats sont ceux que l'article d'exercices n'emploie pas.
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Évaluation 1 — ce que Géronte croit
Séparer ce qu'un personnage croit de ce qui est vrai.
Scapin a rossé Géronte sous un déguisement. Pour obtenir son pardon, il se fait porter comme un mourant et revient sans cesse sur « les coups de bâton », jusqu'à ce que Géronte cède pour qu'il se taise.
Le tableau demande, fait par fait, ce que Géronte en pense et ce qu'il en est vraiment. C'est l'écart entre les deux colonnes qui fait la ruse — et qui fait rire.
Une ligne, pourtant, ne s'oppose pas : Géronte sait parfaitement que Scapin lui a donné des coups de bâton. Sans elle, la seconde colonne se remplirait en écrivant le contraire de la première.
La chasse aux erreurs porte ensuite sur trois copies d'élèves, dont une seule dit vrai. Les deux autres se corrigent en citant la réplique qui les dément : Scapin n'a rendu aucun service à Géronte, et il n'avoue jamais avoir joué la comédie.
La dernière partie fait expliquer par écrit ce que la répétition apporte à la ruse. Scapin revient cinq fois sur les mêmes coups de bâton ; c'est cette insistance, et non la pitié, qui finit par arracher le pardon.
Ce qu'un personnage croit n'est pas ce qui est.
- Huit cases à remplir
- Trois copies à corriger
- Expliquer la ruse
2 sur 5
Évaluation 2 — huit refus et un pardon
Ranger les répliques de la paix et celles du refus.
Sganarelle a battu sa femme. Il vient faire la paix et lui réclame la main — le geste par lequel on scelle une réconciliation. Martine refuse huit fois de suite, puis cède.
Le tri fait ranger six répliques : celles par lesquelles Sganarelle demande la paix, et celles par lesquelles Martine la refuse. Une réplique agit ; elle ne fait pas que parler.
Le nombre de refus n'est pas une estimation. Il est recompté sur la scène à chaque production, et le titre de l'évaluation est relu pour qu'il ne devienne pas faux en silence.
Restent quatre mots dits tout bas. C'est un aparté : Sganarelle ne les entend pas, le spectateur si — et toute la pièce en sort. Une des quatre copies à corriger porte d'ailleurs sur ce point, car confondre une didascalie avec une réplique dite à voix haute est l'erreur la plus fréquente à ce niveau.
La dernière partie fait écrire ce que l'aparté annonce, puis relever la réplique où Sganarelle appelle les coups « petites choses ». Elle dit tout de lui : il croit l'affaire close, et c'est ce qui le rendra si facile à tromper.
Une réplique agit : elle demande, elle refuse, elle promet.
- Quatre copies à corriger
- Six répliques à ranger
- Comprendre l'aparté
3 sur 5
Évaluation 3 — deux regards sur le même homme
Ce que voit Bartholo, et ce que voit la salle.
Bartholo tient Rosine enfermée et veut l'épouser. Un comte, amoureux d'elle, doit lui faire parvenir une lettre : il s'habille en soldat pour entrer dans la maison.
La même scène se lit alors de deux façons. Bartholo voit un soldat mal élevé venu l'insulter ; le spectateur voit un comte qui serre une lettre dans sa poche. Le tri fait ranger six phrases selon le regard auquel elles appartiennent.
Le costume ne suffit pas : il faut jouer le rôle qui va avec. Le comte se donne un métier militaire et prend un ton rude. La dernière question fait relever deux répliques qui le prouvent.
C'est ce que le théâtre appelle l'être et le paraitre — ce qu'un personnage est, et ce qu'il donne à voir.
Le costume fait voir ; c'est le rôle joué qui fait croire.
- Six phrases à ranger
- Trois lignes à cocher
- Le rôle, et non le seul costume
4 sur 5
Évaluation 4 — ce qui trahit un déguisement
Le costume tient ; c'est la façon de parler qui lâche.
Silvia doit épouser Dorante, qu'elle n'a jamais vu, et prend l'habit de sa servante pour l'observer. Dorante a eu la même idée : il arrive en valet, sous le nom de Bourguignon, tandis que son valet Arlequin se présente à sa place.
Un déguisement se trahit par le langage, pas par le costume. Arlequin joue le maître mais appelle monsieur Orgon « mon beau-père » avant la cérémonie — et son propre maître doit le reprendre devant tout le monde.
L'association fait relier trois répliques à ce qu'elles trahissent. Chacune sonne faux dans la bouche de celui qui la prononce, et c'est cela qu'il faut entendre.
Un quatrième personnage est nommé deux fois, et six fois appelé « beau-père », sans jamais paraitre sur scène. La dernière question le fait retrouver.
Le costume tient ; c'est la façon de parler qui lâche.
- Quatre lignes à cocher
- Trois répliques à relier
- Le rire et l'absent
5 sur 5
Évaluation 5 — ce que la scène change
Avant, après : ce qu'une indiscrétion déplace.
Figaro est resté dans la pièce pendant que Bartholo et le maitre à chanter se croyaient seuls, et il a tout entendu. La ruse a eu lieu avant la scène : le plateau n'en montre que le résultat.
Le tableau mesure ce que la scène déplace. Rosine ignorait qu'elle devait être mariée le lendemain ; elle le sait maintenant. Figaro était dans la pièce ; il n'y est plus.
Une ligne, en revanche, ne bouge pas : Bartholo ignore toujours qu'on l'a entendu. C'est elle qui empêche de remplir le tableau sans lire la scène.
Rosine blâme Figaro, puis se sert de ce qu'il lui apprend et organise sa sortie. La dernière question porte là-dessus, et le corrigé accepte un avis contraire s'il s'appuie sur la scène.
Une ruse peut servir à tromper — ou à prévenir.
- Quatre répliques à relier
- Six cases à remplir
- Blâmer, puis se servir
Compétences travaillées
-
Séparer croire et savoir
Ce qu'un personnage croit n'est pas ce qui est. Le tableau le fait écrire fait par fait.
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Ce que fait une réplique
Demander, refuser, reprocher, plaisanter, commander : une réplique agit, elle ne fait pas que parler.
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Le langage trahit le costume
Arlequin joue le maître, mais il parle comme un valet. C'est ainsi qu'un déguisement se découvre.
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Ce qu'une scène change
Avant, après : une indiscrétion déplace le savoir, et parfois ne déplace rien du tout.
Cinq évaluations, cinq scènes, cinq méthodes
Les cinq scènes sont celles des fiches d'exercices, mais aucune tâche ne l'est. Là où les exercices faisaient remplir « qui parle », on demande ici ce que le personnage croit ; là où ils faisaient cocher le sens d'un aparté, on fait ranger les répliques du refus.
Les cinq couples de formats sont les cinq couples complémentaires de ceux des exercices : aucun ne se répète d'un article à l'autre. Un élève qui a fait les exercices ne retrouve donc pas la même épreuve sous un autre titre.
Chaque sujet vaut vingt points, et chaque corrigé porte le détail du barème.
Un tableau qui ne se remplit pas sans lire
Un tableau à deux colonnes est facile à truquer sans le vouloir. Si toutes les lignes s'opposent — l'un croit, l'autre sait —, l'élève remplit la seconde colonne en écrivant le contraire de la première, et sa note ne dit plus rien de sa lecture.
Les deux tableaux de cette évaluation portent donc une ligne qui ne s'oppose pas. Géronte n'ignore pas tout : il sait parfaitement que Scapin lui a donné des coups de bâton. Et à la fin de la scène de Figaro, Bartholo ignore toujours ce qu'il ignorait au début.
Un contrôle vérifie cette ligne avant chaque production. Sans elle, le sujet serait refusé.
Méthode et vérification
Cette évaluation ne mesure que ce qui se lit. Qui sait, qui ignore, qui se déguise, ce qu'une réplique apprend au spectateur : chaque réponse attendue se retrouve dans la scène imprimée sur la fiche, et un contrôle la cherche caractère par caractère avant que le sujet ne soit produit. Elle ne mesure ni le gout de l'élève pour telle pièce, ni son opinion sur la ruse ; la seule question qui ouvre sur un jugement — le revirement de Rosine — est notée sur la justification, et son corrigé dit expressément qu'un avis contraire est accepté s'il s'appuie sur la scène. Deux contrôles portent sur la forme même des exercices, et ce sont les plus utiles. Le premier exige qu'un tableau à deux colonnes porte au moins une ligne qui ne s'oppose PAS : sans elle, l'élève remplit la seconde colonne en écrivant le contraire de la première, sans lire la scène. Le second vérifie que la bonne réponse d'un questionnaire ne tombe pas toujours au même rang. Le nombre annoncé par l'évaluation 2 — huit refus de Martine avant qu'elle ne cède — n'est pas une estimation : il est recompté sur la scène à chaque production, et le titre lui-même est relu pour qu'il ne devienne pas faux en silence. Tout est en noir et blanc : une évaluation s'imprime et se photocopie.
- Programme de français pour le cycle 3, arrêté du 10 avril 2025 (BO nº 16 du 17 avril 2025), partie « Culture littéraire et artistique », entrée de la classe de sixième « Se masquer, jouer, déjouer : ruses en action (théâtre) ». La notice demande d'« appréhender le rapport complexe qui se noue au théâtre entre l'illusion et le réel, l'artifice et la vérité, l'être et le paraitre », d'apprécier « le ressort dramatique et comique que constitue la ruse », et de s'interroger sur « les modalités et les enjeux de sa mise en scène » comme sur « les valeurs qui sous-tendent l'action ». Les cinq scènes viennent de fr.wikisource.org et sont toutes dans le domaine public : Molière depuis 1744, Marivaux depuis 1834, Beaumarchais depuis 1870.