Ce que le programme demande, et ce qui manquait
Le programme de 2025 ouvre au cours moyen une entrée « imaginer et vivre d'autres vies ». Elle demande que les récits de vie aident l'élève « à se projeter dans des existences nouvelles » — ce qui suppose de mesurer l'écart, et non seulement de le ressentir.
Sur ce site, la mesure était nette : « récit de vie » 0 article, « autobiographie » 0, « école d'autrefois » 0, « orphelin » 1 — dans un poème. Les quatre voisins les plus proches portent sur des romans encore sous droits, qu'ils ne peuvent pas citer.
Ces cinq fiches donnent un extrait entier, ses lignes numérotées, et quatre écarts à relever — chacun avec le fait d'aujourd'hui qui a pris sa place.
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Fiche 1 — deux frères sur la route
André a quatorze ans, Julien sept. Ils sortent de la ville la nuit, en vêtements de deuil, et marcheront plusieurs nuits.
André a quatorze ans, Julien sept. Ils sortent de la ville dans le brouillard, en vêtements de deuil, et personne ne les a vus partir.
L'exercice 1 est un tableau à deux entrées : pour chaque fait du texte, dire ce qui se passerait aujourd'hui, puis donner le numéro de ligne. Un garçon de quatorze ans chargé d'un enfant de sept, cela ne se voit plus.
L'exercice 2 est un QCM de trois questions sur le deuil et la marche de nuit. La question écrite qui suit demande pourquoi ils marchent la nuit, et le texte donne la réponse : « personne ne nous a vus sortir ».
Le dernier exercice pose la question du chapitre : ce récit se passe-t-il dans un autre monde, ou dans le nôtre à une autre époque ? Rien de ce qu'il raconte n'est impossible.
C'est le premier des dix extraits, et le plus court : onze lignes imprimées.
Le Tour de la France par deux enfants a été le livre de lecture de plusieurs générations d'écoliers.
- Un tableau
- Un QCM
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Fiche 2 — aller chercher l’eau, la nuit
L’eau ne vient pas au robinet : elle est à la source, dans le bois. Et c’est Cosette qui va la chercher.
L'eau ne vient pas au robinet : elle est à la source du bois, du côté de Chelles. Et c'est Cosette, seule, qui va la chercher quand la nuit tombe.
L'exercice 1 est un QCM de trois questions. La question écrite qui suit demande d'où vient l'eau de Cosette et d'où vient la nôtre — c'est l'écart le plus simple à voir des vingt du corpus, et le plus parlant.
L'exercice 2 fait relier deux passages du texte à ce qui se passe aujourd'hui. Les rues n'étaient éclairées que par les boutiques ouvertes ; une passante s'étonne de voir l'enfant seule, la reconnait, et passe son chemin.
Le dernier exercice pose la question du chapitre. Ici encore, rien d'impossible : une enfant envoyée chercher l'eau la nuit, cela s'est fait.
Le village entier connait Cosette au point de lui avoir donné un surnom — l'Alouette — qui a remplacé son nom.
L'extrait s'arrête avant la forêt : ce qui suit n'est pas nécessaire à la question posée.
- Un QCM
- Une association
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3 sur 5
Fiche 3 — rentrer en retard du collège
Les livres à la ceinture, la casquette entre les dents, et une peur effroyable du père qui attend derrière la porte.
Les livres attachés à la ceinture, la casquette entre les dents, et une peur effroyable du père qui attend derrière la porte : Daniel Eyssette rentre en retard.
L'exercice 1 fait relier deux passages à ce qui se passe aujourd'hui. La question écrite compare la façon de porter ses livres — à la ceinture chez Daudet, dans un cartable aujourd'hui.
L'exercice 2 est une chasse à l'erreur. La copie de Chloé range l'écart dans un coin de la vie qui n'est pas le sien : c'est un domaine de la liste, réel, mais pas celui-là.
Le dernier exercice pose la question du chapitre. Un frère qui est abbé, un curé qu'on invite à dîner : ce sont des faits d'époque, pas des prodiges.
C'est l'extrait le plus long de l'article : seize lignes imprimées.
Daniel invente une histoire dans l'escalier : le texte le dit avant que son père n'ouvre.
- Une association
- Une chasse à l'erreur
- Rédiger
4 sur 5
Fiche 4 — dormir dans son champ
On cueille les artichauts à la main, et l’on couche dans le champ toutes les nuits pour qu’on ne le vole pas.
On cueille les artichauts à la main, panier après panier, et l'on couche dans le champ toutes les nuits pour qu'on ne le vole pas.
L'exercice 1 est une chasse à l'erreur, et la question écrite demande de recopier le passage qui dit pourquoi le paysan couche dans son champ, avec son numéro de ligne.
L'exercice 2 est une carte mentale à compléter : ce qui se passe aujourd'hui, le coin de la vie touché, et la ligne. La question écrite porte sur une phrase courte et lourde de sens — « au moins je vas dormir dans mon lit ».
Le dernier exercice pose la question du chapitre. Une fillette qui conduit une charrette sur la route : impossible aujourd'hui par la loi, mais pas par les lois du monde.
Perrine observe la scène sans y prendre part : c'est ce qui permet de tout voir.
En famille est le second roman d'Hector Malot lu dans ces articles ; Sans famille l'était au sujet 27.
- Une chasse à l'erreur
- Une carte mentale
- Rédiger
5 sur 5
Fiche 5 — un mot qui colle à l’enfant
François est un « champi » — un enfant trouvé. La servante le dit devant lui, et lui répond qu’il s’en moque.
François est un « champi » — un enfant trouvé. La servante le dit devant lui, en ajoutant qu'elle ne l'embrasserait pas « pour bien de l'argent ». François répond qu'il s'en moque.
L'exercice 1 est une carte mentale à compléter. La question écrite porte sur ce refus mesuré en argent : la servante met un prix sur un geste d'affection, et c'est cela qui a cessé.
L'exercice 2 est un tableau à deux entrées. La question écrite porte sur l'étonnement de la servante : on s'étonne que François sache « mettre trois paroles au bout l'une de l'autre ».
Le dernier exercice pose la question du chapitre. Une servante à demeure, un mot qui désigne un enfant trouvé : ce sont des conditions de vie.
C'est le seul texte de l'article écrit par une autrice.
George Sand publie François le Champi en 1848 ; l'édition citée est celle de Hetzel, 1853.
- Une carte mentale
- Un tableau
- Rédiger
Compétences travaillées
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Ce que le texte montre
Quatre faits par récit, chacun à une ligne qu'on peut citer.
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Et aujourd'hui ?
Le second côté de l'écart : sans lui, rien ne se mesure.
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Quel coin de la vie
Six coins, une liste fermée : l'école, le travail, les déplacements, la maison, la famille, l'argent.
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Autre époque, pas autre monde
Rien de ce que ces récits racontent n'était impossible.
Une autre vie, et non un autre monde
Ces fiches sont les troisièmes d'une série de trois. La première demandait ce qu'un héros veut et où il est faible ; la deuxième, ce qu'un récit contient et que notre monde n'a pas. Celle-ci demande la troisième chose, et c'est la plus difficile : ce qui existe, mais pas pour moi.
La différence avec la précédente n'est pas de nuance. Un âne qui parle est un autre monde ; aller chercher l'eau à la source, dormir dans son champ pour le garder, payer le médecin quarante sous d'avance sont d'autres conditions de vie. Rien de tout cela n'a jamais été impossible : cela a seulement cessé.
Le troisième exercice de chaque fiche pose la question en toutes lettres, et elle a une seule bonne réponse — que l'élève doit justifier par ce qu'il vient de lire.
Un écart a deux côtés
Dire « autrefois, c'était différent » ne s'évalue pas. Dire « la famille allait chercher l'eau à la source, aujourd'hui elle arrive au robinet », si. Chaque écart relevé dans ces dix récits porte donc les deux côtés : le passage du texte, cité, et le fait d'aujourd'hui qu'il déplace.
C'est ce second côté qui fait tout le travail. Il oblige l'élève à regarder sa propre vie pour comprendre celle du texte — ce que le programme appelle se projeter dans une existence nouvelle — et il rend la réponse corrigible, parce qu'on peut la comparer.
Un écart nomme enfin le coin de la vie qu'il touche, parmi six. La liste est fermée : il n'y a pas de case « autre » où ranger ce qu'on n'a pas su situer.
Dix récits, et pourquoi ceux-là
Les dix textes sont dans le domaine public, et aucun ne revient des deux articles précédents : ni Sans famille, ni les contes de Perrault, de Grimm ou d'Andersen. Trois articles voisins ne se lisent pas sur les mêmes récits.
Le corpus va de 1848 à 1893 : George Sand, Victor Hugo, Alphonse Daudet, Hector Malot, Jules Vallès, et G. Bruno — pseudonyme d'Augustine Fouillée, dont Le Tour de la France par deux enfants fut le livre de lecture de plusieurs générations d'écoliers.
Un onzième texte a été écarté après avoir été rapatrié : Les Malheurs de Sophie. Le fac-similé compose les noms des interlocuteurs en petites capitales sur leur propre ligne, et recollés, ils atterrissent au bout du paragraphe précédent. L'extrait produit n'aurait plus été celui de la comtesse de Ségur.
Méthode et vérification
Aucun des dix extraits n'est retapé. Chacun est découpé dans l'édition citée, rapatriée de Wikisource, par sa première et sa dernière phrase, puis comparé au nombre de paragraphes relevé en lisant la page. Le reste est calculé. Chaque récit déclare quatre écarts de condition, chacun cité au caractère près, et chacun accompagné du fait ordinaire d'aujourd'hui qu'il déplace — sans ce second côté, un écart ne se mesure pas, il se sent. Un écart nomme en outre le coin de la vie qu'il touche, pris dans une liste fermée de six : l'école, le travail, les déplacements, la maison, la famille, l'argent. Un écart qui n'en toucherait aucun est refusé. Les deux exercices d'une fiche se partagent les quatre écarts — le premier et le troisième d'un côté, le deuxième et le quatrième de l'autre —, de sorte que chaque exercice traverse tout l'extrait au lieu de s'arrêter à son début. Les numéros de ligne des corrigés viennent du repli réel du texte dans la fiche, et sont relus ensuite dans les vingt PDF produits.