Évaluer une lecture, pas une opinion
Ces cinq évaluations portent sur l'entrée « Comprendre et interroger la morale » du programme de 2025, et sur cinq fables de La Fontaine différentes de celles des fiches d'exercices.
Ce qui est noté est ce que le texte dit : où la leçon est écrite, qui la prononce, à quel vers se lit un moment, ce qu'une action entraine. Chaque réponse se prouve en citant un numéro de vers.
Ce que l'élève pense de la leçon n'est pas noté. Cela se discute en classe, et le programme le demande — mais une opinion n'a pas de corrigé, et ce qui n'a pas de corrigé n'a pas sa place sur un barème.
1 sur 5
Évaluation 1 — une leçon dite deux fois
Cette fable de La Fontaine annonce sa leçon dès le premier vers, puis la redit à la fin — et entre les deux, elle la prouve.
« Le Laboureur et ses enfants » dit sa leçon deux fois. Elle ouvre la fable — « Travaillez, prenez de la peine » — et la ferme, aux trois derniers vers, quand le père se révèle sage : « Que le travail est un trésor. »
L'exercice 1 donne cinq moments dans le désordre et demande à quel vers chacun se lit. Deux d'entre eux tiennent sur le même vers, et il faut donc lire à l'intérieur du vers pour les ordonner.
L'exercice 2 relie cinq mots du XVIIe siècle à leur sens — « le fonds », « l'héritage », « l'oût », « bêchez », « sans témoins ». La légende du texte ne les donne pas ici.
Le dernier exercice fait nommer le dernier moment du récit, recopier les deux premiers vers, et compter combien de fois la leçon est dite.
Cette fable n'a pas de chasse à l'erreur : ses deux personnages ne sont pas du même nombre.
- Un tableau
- Une association
- Rédiger
2 sur 5
Évaluation 2 — la leçon arrive en dernier
Deux repas, deux vaisselles, et une leçon qui n’arrive qu’au tout dernier vers.
« Le Renard et la Cigogne » garde sa leçon pour les deux derniers vers, et l'adresse à quelqu'un : « Trompeurs, c'est pour vous que j'écris. » Tout le récit sert à la préparer.
L'exercice 1 relie cinq mots à leur sens — « brouet », « chichement », « lapé », « d'étroite embouchure ». La légende de cette évaluation ne les donne pas.
L'exercice 2 est un QCM de trois questions : où la leçon est écrite, qui la prononce, combien de vers compte la fable.
Le dernier exercice fait dire ce que l'assiette du renard entraine vingt vers plus loin, recopier les deux vers de la leçon, et dire à qui elle s'adresse. La conséquence de l'assiette n'est pas que la cigogne n'attrape rien — c'est le vase à long col qu'elle servira à son tour.
Les vers sont numérotés : chaque réponse se prouve en citant un numéro.
- Une association
- Un QCM
- Rédiger
3 sur 5
Évaluation 3 — la leçon sort de la bouche d’un personnage
Ce n’est pas celui qui raconte qui donne la leçon : c’est un passant, qui explique à l’âne ce qu’il n’avait pas compris.
« L'Âne portant des reliques » met sa leçon dans la bouche d'un passant. Ce n'est pas le narrateur qui conclut : c'est quelqu'un, dans le récit, qui explique à l'âne ce qu'il n'avait pas compris — « D'un magistrat ignorant, c'est la robe qu'on salue. »
L'exercice 1 est un QCM de trois questions, suivi d'une question sur le vers où la parole du passant commence. La marque est dans le texte : le vers 5 se termine par « lui dit : ».
L'exercice 2 fait ranger cinq vers en deux colonnes, ceux qui racontent et ceux qui énoncent la leçon.
Le dernier exercice demande où la parole se termine, fait recopier les deux vers de la leçon, et fait dire ce que l'âne croyait.
Cette fable est la plus courte de l'évaluation : douze vers.
- Un QCM
- Un tri
- Rédiger
4 sur 5
Évaluation 4 — la leçon est donnée d’avance
La fable annonce sa conclusion en deux vers, puis prend tout le reste à la démontrer. On sait comment cela finit ; on ne sait pas encore pourquoi.
« Le Loup et l'Agneau » annonce sa conclusion en deux vers, puis prend vingt-sept vers à la démontrer. On sait comment cela finit ; on ne sait pas encore pourquoi, et c'est tout l'intérêt.
L'exercice 1 fait ranger cinq vers en deux colonnes, puis recopier les deux vers de la leçon.
L'exercice 2 est une chasse à l'erreur : cinq copies, dont trois échangent le loup et l'agneau. Les deux personnages sont masculins et singuliers, ce qui rend l'échange grammatical — le contrôle du moteur ne l'aurait pas permis autrement.
Le dernier exercice fait dire si les deux vers de leçon racontent quelque chose, ordonner deux moments, et constater que la preuve de l'agneau ne change rien à la fin.
C'est la plus longue fable des deux articles : vingt-neuf vers.
- Un tri
- Une chasse à l'erreur
- Rédiger
5 sur 5
Évaluation 5 — la fable qui n’écrit pas sa leçon
Deux histoires en six vers chacune, et pas une ligne pour dire ce qu’il faut en penser. La fable se contente de les mettre côte à côte.
« Le Coq et la Perle » raconte deux histoires en six vers chacune, et n'écrit pas un mot de leçon. Un coq trouve une perle et préfèrerait un grain de mil ; un ignorant hérite d'un manuscrit et préfèrerait une pièce de monnaie. La fable les met côte à côte, et se tait.
L'exercice 1 est une chasse à l'erreur : cinq copies, dont trois échangent le coq et l'ignorant.
L'exercice 2 fait retrouver dans le texte cinq moments donnés dans le désordre. Les moments ne sont pas rangés dans l'ordre du récit : rangés, leurs numéros de vers seraient croissants, et l'on compléterait le tableau de proche en proche sans revenir au texte.
Le dernier exercice fait dire ce que les deux histoires ont en commun, constater que la leçon n'est pas écrite, et recopier le dernier vers en disant qui le prononce.
La fable ne conclut pas : elle juxtapose, et laisse conclure.
- Une chasse à l'erreur
- Un tableau
- Rédiger
Compétences travaillées
-
Cinq places pour la leçon
Au début, à la fin, aux deux bouts, dans la bouche d'un personnage, ou nulle part.
-
Qui parle
Le narrateur, ou un personnage — et cela change où la morale se trouve.
-
Revenir au texte
Chaque vers porte son numéro : une réponse se justifie en le citant.
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Une action, une suite
Ce qui s'ensuit est écrit après ce qui l'a causé, et cela se vérifie.
La morale n'est pas toujours à la fin
On apprend souvent qu'une fable raconte une histoire, puis en tire la leçon. C'est vrai d'un grand nombre d'entre elles, et faux de beaucoup d'autres — La Fontaine s'en amuse.
Elle peut ouvrir la fable, et le récit vient alors la prouver : « La raison du plus fort est toujours la meilleure. » Elle peut la fermer. Elle peut être dite deux fois, au début et à la fin, en d'autres mots. Elle peut sortir de la bouche d'un personnage, et se placer alors au milieu du récit, là où ce personnage parle. Elle peut enfin n'être pas écrite du tout.
Cinq cas, donc, et le chapitre les montre tous les cinq. Savoir où chercher la leçon d'un texte est une compétence de lecture avant d'être une connaissance sur les fables.
Une conséquence a un lieu dans le texte
Le programme demande de « s'interroger sur les conséquences des actions » des personnages. Cela peut se discuter à l'infini, ou se vérifier : dans un récit, ce qui s'ensuit est écrit après ce qui l'a causé.
Chaque fiche pose donc la question sur deux endroits précis du poème. Le corbeau ouvre le bec pour montrer sa belle voix au vers 11, et lâche son fromage au vers 12 ; les fils du laboureur retournent le champ au vers 13, et le champ rapporte davantage au vers 15. L'élève ne devine pas : il revient au texte et lit les numéros dans la marge.
C'est aussi ce que dessine la couverture des évaluations : cinq axes, cinq flèches, toutes dans le même sens.
Méthode et vérification
Le texte des dix fables n'est pas retapé : il est découpé dans l'édition Bernardin-Béchet de 1874, rapatriée de Wikisource, et chaque fiche cite sa page. C'est la même édition que le recueil de poèmes déjà publié sur ce site, et un contrôle exige que « La Cigale et la Fourmi », présente des deux côtés, y soit identique vers pour vers. Tout le reste est calculé depuis ce texte. La position de la morale est déduite de la place des vers qu'elle occupe et de son locuteur : celle du narrateur ouvre la fable, la ferme ou fait les deux ; celle d'un personnage se place là où ce personnage parle. L'ordre du récit vient de la position des ancres dans le texte, en caractères, et non de l'ordre où les moments ont été écrits. Les copies fautives des chasses à l'erreur sont produites en échangeant les deux personnages de la fable, la correction étant la phrase d'origine : elles ne peuvent donc pas se contredire. Et l'échange n'est permis qu'entre deux personnages de même genre et de même nombre, sans quoi un accord resté dans la phrase dénoncerait la faute avant qu'on l'ait lue.