Évaluer une lecture, pas une émotion
Ces cinq évaluations portent sur l'entrée « Savourer le goût des mots » du programme de 2025, et sur cinq poèmes différents de ceux des fiches d'exercices.
Ce qui est noté est ce que le texte fait à la langue : quel mot ne s'écrit plus ainsi, quel passage change l'ordre des mots, à quel siècle le poème a été écrit, en quelle année l'œuvre est devenue libre.
Ce que l'élève ressent devant un poème n'est pas noté. Le programme demande une posture subjective de lecteur, et une posture ne se corrige pas sur un barème.
1 sur 5
Évaluation 1 — l’orthographe d’il y a quatre cents ans
Ronsard écrit « vostre », « ceste », « beautez ». On le lit sans peine, et pourtant presque chaque vers demande une correction.
Ronsard écrit « vostre », « ceste », « beautez ». On le lit sans peine, et pourtant dix de ses dix-huit vers demandent une correction.
L'exercice 1 en fait moderniser trois, dont « Qui ce matin avoit desclose » et « O vrayment marastre Nature ».
L'exercice 2 juge cinq propositions portant sur trois autres vers. Le tableau et la chasse ne partagent aucun écart : dix sont déclarés, et ils suffisent à les partager.
Le dernier exercice fait nommer la sorte d'écart, le siècle, et compter les vers du poème.
Ce que ce texte enseigne dépasse Ronsard : l'orthographe française n'a pas toujours été celle qu'on apprend en classe, et les mots qu'on lit ici sont les nôtres sous une autre écriture. « beautez » garde sept lettres sur huit de « beautés », « marastre » sept sur huit de « marâtre » — et c'est cette proportion, mesurée par le module, qui permet d'affirmer que c'est bien le même mot.
Le texte est celui que le recueil du site publie déjà.
- Un tableau
- Une chasse à l'erreur
- Rédiger
2 sur 5
Évaluation 2 — le chêne, le roseau, et l’ordre des mots
Trente-deux vers, et sept endroits où les mots ne sont pas dans l’ordre où on les dirait. Le plus spectaculaire tient sur trois vers.
Trente-deux vers de La Fontaine, et sept endroits où les mots ne sont pas dans l'ordre où on les dirait. Le plus spectaculaire tient sur trois vers : le sujet de « accourt » arrive deux vers après son verbe.
L'exercice 1 juge cinq propositions de version ordinaire, dont deux portent sur des vers qui ne s'écartent de rien.
L'exercice 2 est la frise des quatre dates de La Fontaine, mort en 1695 : son œuvre est libre depuis 1766.
Le dernier exercice fait retrouver ce long sujet, écrire les trois vers dans l'ordre ordinaire, et nommer la sorte d'écart.
L'orthographe de cette fable est déjà la nôtre : l'édition citée date de 1874, et son imprimeur écrivait comme nous. Ce qui reste d'un autre temps, c'est la façon de bâtir la phrase — et c'est justement ce que le chapitre fait travailler.
Cette fable n'est pas celle du chapitre sur la morale : aucune ne sert deux fois.
- Une chasse à l'erreur
- Une frise
- Rédiger
3 sur 5
Évaluation 3 — douze vers, trois déplacements
Le poème le plus connu du recueil. Sa langue est la nôtre ; seule la place des mots ne l’est pas tout à fait.
Le poème le plus connu des dix. Sa langue est la nôtre ; seule la place des mots ne l'est pas tout à fait — « à l'heure où blanchit la campagne ».
L'exercice 1 est la frise des quatre dates de Victor Hugo, et demande de refaire le calcul du domaine public.
L'exercice 2 fait relier les trois vers écartés à leur version ordinaire, et nommer le sujet de « blanchit ».
Le dernier exercice fait constater qu'aucun mot n'a changé — seulement leur ordre —, puis dire le siècle et compter les vers.
C'est le poème où l'écart se voit le mieux, parce que rien d'autre ne fait obstacle : pas un mot rare, pas une orthographe ancienne. Trois fois seulement, sur douze vers, la phrase ne suit pas l'ordre où on la dirait — et l'élève peut le vérifier en comptant les mots des deux côtés.
Douze vers, trois écarts : un vers sur quatre.
- Une frise
- Une association
- Rédiger
4 sur 5
Évaluation 4 — un jardin, et des phrases très longues
Seize vers, quatre phrases. Le sujet d’un verbe y attend parfois deux vers avant d’arriver.
Seize vers, quatre phrases. Le sujet d'un verbe y attend parfois deux vers avant d'arriver — « La terre labourée où mûrissent les graines ondulera ».
L'exercice 1 fait relier les trois passages écartés à leur version ordinaire.
L'exercice 2 est un QCM de trois questions : la sorte d'écart, le siècle, le nombre de vers. La légende du poème ne donne pas le siècle sur cette fiche.
Le dernier exercice fait écrire un passage dans l'ordre ordinaire, nommer la poétesse, et dire la sorte d'écart.
Le programme demande qu'« on veille à la représentation des autrices », et chacun des deux articles en porte une : Marceline Desbordes-Valmore du côté des fiches d'exercices, Anna de Noailles ici. Ce n'est pas une intention : le module compte les autrices de chaque article et refuse d'en produire un qui n'en aurait aucune.
Ce poème est un extrait : « Le Verger » compte davantage de vers, et la légende cite les pages.
- Une association
- Un QCM
- Rédiger
5 sur 5
Évaluation 5 — quatre déplacements en seize vers
Un ciel noir, une terre blanche, et quatre endroits où les mots ne sont pas dans l’ordre où on les dirait.
Un ciel noir, une terre blanche, et quatre endroits en seize vers où les mots ne sont pas dans l'ordre où on les dirait.
L'exercice 1 est un QCM de trois questions, suivi d'une question sur le sujet de « s'ouvre » — le ciel, qui arrive après son verbe.
L'exercice 2 fait écrire trois passages dans l'ordre ordinaire, en ne donnant que le numéro du vers.
Le dernier exercice porte sur le dernier quatrain, où le chœur des anges est séparé de son verbe par la fin du vers.
Quatre écarts en seize vers : c'est le poème le plus dense du recueil, et pourtant le plus simple à lire. C'est justement ce qui le rend utile en évaluation — l'élève ne peut pas s'appuyer sur la difficulté du texte pour deviner où quelque chose cloche ; il doit comparer, mot à mot.
Le texte est celui que le recueil du site publie déjà.
- Un QCM
- Un tableau
- Rédiger
Compétences travaillées
-
L'ordre, ou le mot
Deux sortes d'écart, et une seule question à se poser devant chaque vers.
-
Les mêmes mots, ailleurs
Une inversion n'ajoute ni n'enlève rien : elle déplace.
-
Le même mot, autrement
« oyseau » garde cinq lettres sur six de « oiseau ».
-
Soixante-dix ans
Le temps après lequel une œuvre appartient à tout le monde.
Deux façons de s'écarter, et une seule question
Un poème ne parle pas comme on parle. Le programme demande à l'élève de mesurer cet écart, en s'appuyant sur ce qu'il apprend par ailleurs en grammaire et en vocabulaire — la norme, c'est ce qu'il sait déjà.
Deux sortes d'écart suffisent au cours moyen. Ou bien les mots sont les nôtres et leur ordre ne l'est pas : « Sous le pont Mirabeau coule la Seine » emploie exactement les sept mots de « La Seine coule sous le pont Mirabeau ». Ou bien l'ordre est le nôtre et l'orthographe ne l'est plus : « Le temps a laissié son manteau » se lit sans peine, et ne s'écrit plus ainsi.
La question qui se pose devant chaque vers est donc toujours la même : est-ce l'ordre, ou est-ce le mot ? Et l'on y répond en comparant, non en devinant.
Pourquoi ces poèmes-là peuvent être publiés
Les dix poèmes de ces deux articles appartiennent à tous. Ce n'est pas une opinion : en France, une œuvre entre dans le domaine public le 1er janvier qui suit soixante-dix ans après la mort de son auteur.
Le plus récent des dix est « Le Verger » d'Anna de Noailles, morte en 1933 : son œuvre est libre depuis 2004. Le plus ancien est le rondeau de Charles d'Orléans, mort en 1465. Une frise le montre sur chaque article, et le calcul est refait par le module avant que le moindre vers ne soit imprimé.
C'est aussi pourquoi certains poèmes très connus du cycle 3 ne figurent pas ici : ils ne sont pas encore libres, et les recopier serait les voler.
Méthode et vérification
Le texte des dix poèmes n'est pas retapé : sept sont découpés dans les éditions citées, rapatriées de Wikisource, et trois — Charles d'Orléans, Ronsard, Théophile Gautier — sont pris dans le recueil que ce site publie déjà, plutôt que recopiés : deux copies d'un même texte finissent par diverger. Le reste est calculé. Un poème ne déclare que la version ordinaire d'un passage ; c'est le module qui en déduit la sorte d'écart, par deux lois. Si la version ordinaire porte exactement les mêmes mots dans un autre ordre, c'est l'ordre qui a changé — une permutation, vérifiée au mot près. Si elle a le même nombre de mots dans le même ordre, et que chaque mot qui diffère garde plus de la moitié de ses lettres, c'est le mot qui s'écrit autrement. Un couple qui ne relève d'aucune des deux est refusé : il n'y a pas de troisième case où le ranger sans mentir. L'année où une œuvre devient libre est calculée elle aussi — le 1er janvier qui suit soixante-dix ans après la mort de l'auteur — et c'est ce calcul qui autorise la publication de chaque texte.