Trois langues, trois endroits où c'est compliqué
Aucune de ces trois grammaires n'est plus simple que les autres : elles compliquent des endroits différents. L'allemand décline son adjectif épithète selon le genre, le nombre et le cas — mais après le verbe « sein », il ne prend absolument aucune marque, et cela couvre la moitié des phrases courantes.
L'italien accorde comme le français, en genre et en nombre, avec deux groupes seulement : les adjectifs en -o et ceux en -e. Sa particularité est ailleurs, dans la place : « un grande uomo » est un homme illustre, « un uomo grande » est un homme de grande taille — exactement comme notre « grand homme » et notre « homme grand ».
Le japonais, lui, n'a ni genre ni pluriel. Mais son adjectif en -i porte le temps et la négation, ce qu'aucune langue européenne ne fait : takai, takakatta, takaku nai. Et il existe une seconde sorte d'adjectifs, dite en -na, qui ne bouge jamais — dont plusieurs finissent pourtant par -i.
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L'affiche des trois langues
Une page : six questions, trois réponses différentes.
En haut, le tableau des six questions : l'accord en genre, en nombre, la déclinaison par cas, le temps porté par l'adjectif, la place de l'épithète, et le comportement de l'attribut. Six questions posées aux trois langues, ce qui rend les réponses comparables ligne à ligne.
Puis un bloc par langue. L'italien avec ses quatre formes calculées et ses paires de places. L'allemand avec l'attribut invariable et les comparatifs à tréma. Le japonais avec ses quatre temps, dans les deux sortes.
Le japonais est noté en romaji : les polices du moteur n'ont pas de glyphe pour les kana. La notation latine suffit ici, puisque la page porte sur le comportement grammatical de l'adjectif et non sur son écriture.
Une seconde version, en noir et gris, est disponible pour imprimer sans cartouche couleur.
Les quarante formes de l'affiche sont calculées, non recopiées, et un contrôle relit le PDF produit pour vérifier qu'elles y figurent toutes. L'affiche refuse aussi de produire une réponse trop longue pour sa colonne : une réponse coupée aux points de suspension n'apprend rien.
- 6 questions
- 40 formes
- 3 langues
- Couleur et noir et blanc
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Trois langues, trois façons de qualifier
Ce que le programme appelle la démarche plurilingue.
L'extrait que les trois programmes portent dans les mêmes termes, cité au mot près, puis le tableau des six questions. Le même paragraphe figure dans le programme d'allemand, dans celui d'italien et dans celui d'espagnol : la comparaison des langues n'est pas une initiative locale, c'est une demande officielle.
Le programme précise « ponctuellement » : la comparaison est un éclairage, non un chapitre. Elle sert à faire remarquer un fonctionnement, pas à faire apprendre une seconde grammaire — et c'est pourquoi la page tient sur six questions plutôt que sur un cours complet par langue.
Le français fait partie de la comparaison : c'est en voyant ce que font les autres langues qu'on remarque ce que fait la nôtre. Un élève francophone ne pense jamais que son adjectif s'accorde — jusqu'au jour où il en rencontre un qui ne s'accorde pas.
Le français fait partie de la comparaison : c'est en voyant ce que font les autres langues qu'on remarque ce que fait la nôtre. C'est exactement ce que le programme nomme « percevoir et comprendre les différences et similitudes ».
- Le texte des programmes
- 6 questions
- 3 réponses
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L'italien : deux groupes, et une place qui parle
Le plus proche du français des trois.
Un tableau donne les quatre formes de cinq adjectifs — bello, grande, vecchio, verde, piccolo — et montre que deux lignes ne changent pas au féminin. L'italien range ses adjectifs en deux groupes : ceux qui ont quatre formes, et ceux qui n'en ont que deux.
Puis les paires où la place change le sens : un grande uomo contre un uomo grande, un vecchio amico contre un amico vecchio. Le parallèle avec le français est exact — « un grand homme » et « un homme grand » se comportent de la même façon.
Deux groupes, huit formes en tout : c'est moins que le français, qui a ses adjectifs en -eux, en -al, en -f et le reste. L'italien est la plus proche des trois langues comparées, et c'est justement ce qui rend ses rares différences instructives.
Deux groupes, huit formes en tout : c'est moins que le français, qui a ses adjectifs en -eux, en -al, en -f et le reste. Le programme d'italien du collège demande « le genre des noms et des adjectifs ; le pluriel des noms et des adjectifs ».
- 2 groupes
- 5 adjectifs
- La place qui parle
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L'allemand : l'attribut ne change jamais
Une seule question à se poser.
Une chaine de cinq maillons répond à une seule question : faut-il mettre une marque sur cet adjectif ? Toute la difficulté allemande se ramène à ce choix, et la chaine le pose dans l'ordre où il se présente en écrivant.
Après « sein », rien. Avant le nom, une marque qui dépend du genre, du nombre et du cas — et que le programme du collège ne demande pas de maitriser entièrement. L'attribut invariable est donc le repère sûr, et l'épithète le terrain où l'on avance progressivement.
Le programme demande de repérer que l'épithète est toujours à gauche du nom, et précise qu'au niveau A1+ l'élève l'emploie sans maitriser la déclinaison. Reconnaître avant de produire : c'est l'ordre que le texte officiel installe, et il évite de bloquer un débutant sur un tableau de terminaisons.
Le programme demande de repérer que l'épithète est toujours à gauche du nom, et précise qu'au niveau A1+ l'élève l'emploie « sans maitriser systématiquement le marquage casuel ». La maitrise complète de la déclinaison est un attendu de niveau B1.
- L'attribut invariable
- L'épithète à gauche
- Le tréma
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Le japonais : l'adjectif porte le temps
Deux sortes, et la finale ne les sépare pas.
Une carte mentale sépare les deux sortes d'adjectifs : celui en -i, qui porte lui-même le temps et la négation, et celui en -na, qui ne change jamais. C'est la différence la plus dépaysante des trois langues — un adjectif qui se conjugue.
Une branche entière est consacrée au piège : kirei, kirai et yuumei finissent par -i et sont des adjectifs en -na. La finale ne suffit donc pas à trancher, ce qui oblige à connaître ces mots un par un — il n'y en a heureusement qu'une poignée de courants.
Le japonais n'a ni genre grammatical ni marque de pluriel : un même adjectif sert pour tout. En échange, son adjectif en -i se conjugue — takai veut dire « cher », takakatta « était cher ». Ce que la langue économise d'un côté, elle le dépense de l'autre.
Le japonais n'a ni genre grammatical ni marque de pluriel : un même adjectif sert pour tout. En échange, son adjectif en -i se conjugue — takai, takakatta, takaku nai, takaku nakatta.
- 2 sortes
- 4 temps
- 3 pièges
Compétences travaillées
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Comparer
Un même point de grammaire dans trois langues.
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Accorder
En italien, deux groupes suffisent.
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Décliner
En allemand — sauf après « sein ».
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Conjuguer
En japonais, l'adjectif porte le temps.
Ce que le programme appelle la démarche plurilingue
Les programmes d'allemand, d'italien et de japonais du collège portent le même paragraphe, mot pour mot : « il est possible d'introduire ponctuellement une réflexion sur les liens qu'entretient le français, langue de scolarisation, avec les autres langues parlées ou étudiées par l'élève ».
Et ils disent à quoi cela sert : « les approches plurilingues et interculturelles aident à percevoir et comprendre les différences et similitudes entre toutes ces langues ». Comparer n'est donc pas une récréation intellectuelle, c'est un outil d'apprentissage nommé par le texte officiel.
Le mot « ponctuellement » compte aussi. La comparaison vaut au moment où une règle nouvelle ressemble — ou justement ne ressemble pas — à celle du français. Une heure bien placée fait plus qu'un chapitre entier.
En japonais, la terminaison ne dit pas la sorte
Tous les manuels opposent « les adjectifs en -i » et « les adjectifs en -na ». La formule est commode, et elle induit une erreur : elle laisse croire que la terminaison classe le mot.
Elle ne le fait pas. Kirei (joli, propre), kirai (détesté) et yuumei (célèbre) finissent tous par -i, et tous les trois sont des adjectifs en -na. Ils ne se conjuguent pas : on dit kirei datta, non kireikatta. Devant un nom, ils intercalent « na » : kirei na heya.
La sorte d'un adjectif japonais s'apprend donc avec le mot, exactement comme le genre d'un nom en français : rien dans « table » ne dit qu'il est féminin. C'est la première chose qui fait chuter un débutant, et c'est aussi la plus facile à éviter — à condition qu'on la lui ait dite.
Méthode et vérification
Les programmes visés sont ceux de l'arrêté du 5 mai 2025, BO n° 22 du 29 mai 2025, annexes 1 (allemand), 13 (italien) et 15 (japonais) pour les classes de collège. La page du Bulletin officiel renvoyant un 403, les annexes ont été retrouvées par la Wayback Machine puis téléchargées depuis le site du ministère ; elles sont conservées dans docs/. Tous les rattachements de niveau annoncés sur les fiches ont été relevés dedans, en particulier celui qui place la maitrise de la déclinaison allemande au niveau B1. Les formes des trois langues sont calculées et non recopiées : les quatre formes italiennes se dérivent de la finale, les quatre temps de l'adjectif japonais en -i se dérivent du radical, et les terminaisons de l'épithète allemande se dérivent du genre. Ce qui ne se dérive pas est déclaré — la sorte d'un adjectif japonais, le tréma d'un comparatif allemand — et un mot non déclaré est refusé plutôt que deviné. Onze contrôles accompagnent le module, dont trois qui comptent : il doit exister des adjectifs en -na terminés par -i, l'adjectif en -i doit changer de forme là où celui en -na ne change jamais, et l'attribut allemand ne doit jamais se confondre avec l'épithète.
- Arrêté du 5 mai 2025 fixant les programmes d'enseignement communs et optionnels de langues vivantes étrangères pour les classes de collège et de lycée général et technologique — BO n° 22 du 29 mai 2025 (NOR MENE2504621A).
- Annexe 1 — programme d'allemand pour les classes de collège : « Repérer la place de l'adjectif épithète toujours à gauche de la base nominale dans un GN » ; « (A1+) utiliser un adjectif épithète devant le nom, sans maitriser systématiquement le marquage casuel » ; « (B1) maitriser la déclinaison de l'adjectif épithète avec un article défini ».
- Annexe 13 — programme d'italien pour les classes de collège : « Le nom et l'adjectif : le genre des noms et des adjectifs ; le pluriel des noms et des adjectifs (+ quelques pluriels irréguliers) ».
- Annexe 15 — programme de japonais pour les classes de collège : « (A1+) comme A1 et négation des adjectifs ». Sa liste de vocabulaire du niveau A1 mêle les deux sortes d'adjectifs.
- Les trois annexes, paragraphe « Prendre en compte la démarche plurilingue », identique dans chacune.