Ce que ces fiches travaillent
Identifier ce qui fait un monstre, découvrir ce qu'il a d'humain, distinguer la peur de la compassion, et voir que la même figure traverse plus de vingt-cinq siècles.
Chaque fiche porte son passage entier : un exercice de lecture qui renverrait à un texte absent de la page ne poserait pas de question.
Les cinq couples de formats sont ceux que l'article d'évaluations n'emploie pas.
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Fiche 1 — le monstre qui trait ses brebis
Un géant qui range les agneaux sous leurs mères.
Le programme demande de découvrir la part d'humanité d'un personnage monstrueux. Elle se cache presque toujours dans un détail, et il faut lire lentement pour la voir.
Ici, ce détail est un troupeau. Avant d'apercevoir les Grecs cachés au fond de sa caverne, le Cyclope fait le travail d'un berger : il rentre ses bêtes, il les trait, il fait cailler le lait — et il met les petits sous chacune d'elles.
Puis tout bascule. Il ferme la caverne d'une pierre que vingt-deux chars ne remueraient pas, aperçoit les hommes, et parle. Sa voix seule épouvante. Mais il ne les dévore pas tout de suite : il commence par leur demander qui ils sont.
Le tableau fait trier quatre passages entre gestes de berger et gestes de monstre. C'est le passage le plus ancien du chapitre — près de trois mille ans — et le monstre y fait déjà les deux choses à la fois.
Un monstre qui range les agneaux sous leurs mères.
- Huit cases à remplir
- Trois lignes à cocher
- Ce qui étonne chez ce monstre
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Fiche 2 — un ogre qui écoute sa femme
Il aiguise son couteau, puis il répond « Tu as raison ».
Un monstre peut avoir une maison. L'Ogre de Perrault rentre chez lui, demande si le souper est prêt et si l'on a tiré du vin, puis se met à table. Il a une femme, et il lui parle.
Mais il sent la chair fraîche, et le conte le répète. Il tire les enfants de sous le lit, va prendre un grand couteau, l'aiguise sur une pierre. Le texte l'appelle « le plus cruel de tous les ogres ».
Et pourtant il change d'avis. Sa femme lui fait remarquer qu'il a encore un veau, deux moutons et la moitié d'un cochon ; l'Ogre répond : « Tu as raison. » C'est sa part d'humanité, et elle surprend au milieu d'une scène atroce.
Attention : elle ne sauve pas les enfants. Elle ne gagne qu'une nuit — et c'est cette nuit-là qui permettra au Petit Poucet d'agir. La chasse aux erreurs porte là-dessus.
Un monstre qui écoute et se laisse convaincre.
- Quatre lignes à cocher
- Trois copies à corriger
- Le moment où l'Ogre change d'avis
3 sur 5
Fiche 3 — « j'ai le cœur bon, mais je suis un monstre »
Un monstre qui se juge lui-même, et une jeune fille qui le plaint.
Ce monstre-là parle de lui-même, et il se juge durement : « je sais bien que je ne suis qu'une bête ». Peu de monstres en font autant.
Il sépare son cœur de sa figure : « J'ai le cœur bon, mais je suis un monstre. » Toute l'histoire tient dans ce « mais » — ce qu'il EST et ce qu'il PARAIT ne vont pas ensemble.
La Belle retourne alors la question. Elle répond qu'il y a bien des hommes plus monstres que lui, ceux qui, sous une figure d'homme, cachent un cœur faux. La laideur n'est pas toujours où l'on croit.
Et la peur devient pitié. Elle manque mourir de frayeur quand il demande sa main ; mais quand il sort en se retournant pour la regarder encore, elle sent « une grande compassion ». La dernière question fait formuler la leçon du conte — avec les mots de l'élève, et pas une phrase recopiée.
Il vaut mieux un bon cœur qu'un beau visage.
- Quatre copies à corriger
- Trois répliques à relier
- La leçon du conte
4 sur 5
Fiche 4 — le monstre qu'on regarde
Il ne parle pas, il ne fait pas peur : on l'acclame et on le plaint.
Celui-ci ne dit pas un mot, et il ne fait peur à personne. La foule l'acclame et le couronne pape des fous parce qu'il est le plus laid : on ne le craint pas, on le regarde.
Son corps est décrit pièce par pièce — une grosse tête, une bosse énorme, des jambes qui ne se touchent qu'aux genoux, des mains monstrueuses. « Toute sa personne était une grimace. »
Et pourtant deux passages changent tout. Le narrateur lui reconnait « je ne sais quelle allure redoutable de vigueur, d'agilité et de courage », puis l'appelle « le pauvre diable ». Il ne se moque pas : il plaint.
Hugo va enfin chercher un mot très ancien : « cette espèce de cyclope ». En 1831, il emprunte le nom du monstre d'Homère, vieux de près de trois mille ans.
Le seul du chapitre qui ne parle pas et ne fait pas peur.
- Quatre passages à relier
- Six passages à ranger
- Un monstre qu'on plaint
5 sur 5
Fiche 5 — le monstre qui rit
Il rit, il parle, il attend — et c'est cela qui glace.
Un loup qui rit n'est plus tout à fait un loup. Celui-ci s'assied, regarde la petite chèvre, se met à rire méchamment, puis lui parle : « Ha ! ha ! la petite chèvre de M. Seguin ! » Un animal ne fait ni l'un ni l'autre.
Il prend son temps, et c'est pire. « Comme il savait bien qu'il la mangerait, le loup ne se pressait pas. » Il est si sûr de gagner qu'il peut attendre — et le narrateur l'appelle alors « le monstre ».
Il laisse même des pauses. Plus de dix fois, la chèvre le force à reculer pour reprendre haleine ; pendant ces trêves d'une minute, elle broute encore un brin d'herbe.
C'est ce mélange qui fait peur, et le tableau le fait mesurer passage par passage : un monstre qui rit, qui parle et qui attend est plus effrayant qu'une bête affamée.
Un monstre qui choisit son moment.
- Six passages à ranger
- Six cases à remplir
- Pourquoi ce loup fait plus peur
Compétences travaillées
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La part d'humanité
Le Cyclope range les agneaux sous leurs mères, l'Ogre écoute sa femme : le monstre n'est jamais tout monstre.
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Les caractéristiques se comptent
Aucun trait n'est commun aux cinq. Deux seulement sont partagés par la majorité : il fait peur, il parle.
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Peur ou compassion
On tremble devant le loup ; on plaint Quasimodo. Le même chapitre travaille les deux.
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Une figure qui traverse les âges
Hugo, en 1831, appelle Quasimodo « cette espèce de cyclope » : il va chercher le mot d'Homère.
Cinq monstres, vingt-cinq siècles
Le programme demande de faire « prendre conscience de la permanence de la figure du monstre à travers les âges ». Ces fiches vont donc de l'Antiquité au XIXe siècle : le Cyclope d'Homère, l'Ogre de Perrault, la Bête de Leprince de Beaumont, le Quasimodo de Hugo, le loup de Daudet.
Plus de deux mille cinq cents ans séparent le premier du dernier, et pourtant on les reconnait tous. Mieux : les textes se parlent entre eux. Hugo écrit « cette espèce de cyclope » — il emprunte le mot d'Homère, et c'est la preuve la plus courte de cette permanence.
Aucun passage n'a été recopié à la main. Chaque extrait déclare sa première et sa dernière phrase, le récolteur coupe entre les deux, et le nombre de blocs obtenu est comparé à celui relevé en lisant la page.
Ce que le comptage a trouvé, et qu'on n'attendait pas
Chaque monstre déclare ses traits, chacun prouvé par une phrase du passage. En comptant, on découvre qu'AUCUN trait n'est commun aux cinq : la figure du monstre n'est pas une définition, c'est une ressemblance de famille.
Deux caractéristiques seulement sont partagées par la majorité : il fait peur, et il parle. Elles suffisent à faire une figure, et le module exige qu'il y en ait au moins deux — sinon il n'y aurait plus de chapitre.
Et le cas le plus instructif est celui qui n'en porte aucune. Quasimodo, dans son passage, ne prononce pas un mot et n'effraie personne : la foule l'acclame pour sa laideur, et le narrateur l'appelle « le pauvre diable ». C'est le monstre le plus humain du corpus, et c'est le compte qui le montre.
Méthode et vérification
Le programme demande d'identifier « les principales caractéristiques » de la figure du monstre. Ces fiches ne les décrètent pas : elles les COMPTENT. Chaque monstre déclare ses traits dans un vocabulaire fermé — il fait peur, il parle, il dévore, il est difforme, il inspire la pitié — et chaque trait porte sa preuve, une phrase du passage retrouvée au caractère près avant que l'article ne soit produit. Le module compte ensuite combien de monstres portent chaque trait, et appelle « principales » celles que la majorité partage. Le résultat n'était pas écrit d'avance, et il est plus intéressant qu'une définition : AUCUN TRAIT N'EST COMMUN AUX CINQ, et deux seulement sont partagés par quatre d'entre eux — il fait peur, et il parle. Le module refuse donc d'exiger un trait universel : la figure du monstre est une ressemblance de famille, et l'exiger reviendrait à choisir des textes qui se ressemblent trop. Un contrôle exige en revanche deux caractéristiques majoritaires et cinq portraits distincts. La part d'humanité, elle, est obligatoire pour chacun, avec sa citation — c'est la demande centrale de la notice. Et la permanence de la figure ne s'affirme pas non plus : elle se mesure en siècles, et elle se lit dans les textes, puisque Hugo appelle Quasimodo « cette espèce de cyclope ».
- Programme de français pour le cycle 3, arrêté du 10 avril 2025 (BO nº 16 du 17 avril 2025), partie « Culture littéraire et artistique », entrée de la classe de sixième « Rencontrer des monstres : expérience de l'autre, expérience de soi ». La notice est citée mot pour mot : l'élève « est invité à découvrir la part d'humanité d'un personnage monstrueux inspirant la peur ou la compassion et à dégager la visée éducative d'un conte ou d'un récit », il « prend conscience de la permanence de la figure du monstre à travers les âges et en identifie les principales caractéristiques ». Les cinq passages viennent de fr.wikisource.org et sont tous dans le domaine public : Charles Perrault depuis 1774, Jeanne-Marie Leprince de Beaumont depuis 1851, Victor Hugo depuis 1956, Leconte de Lisle — traducteur d'Homère — depuis 1965, et Alphonse Daudet depuis 1968.