Ce que le programme demande, et ce qui manquait
Le programme de 2025 ouvre au cours moyen une entrée « se confronter au merveilleux, à l'étrange ». Elle demande de découvrir des mondes imaginaires — pas de classer des genres, ce que la quatrième fait déjà.
Sur ce site, la mesure était nette : « merveilleux » n'apparaissait que dans trois articles, tous de 4e ou de 5e, « sorcière » dans aucun, « géant » dans aucun, « monde imaginaire » nulle part.
Ces cinq fiches donnent un extrait entier, ses lignes numérotées, et quatre choses à trier : deux qui n'existent pas chez nous, deux qui pourraient très bien arriver.
1 sur 5
Fiche 1 — ce que les fées décident
Sept fées se penchent sur un berceau et distribuent la beauté, l’esprit, la grâce — puis cent ans de sommeil.
Sept fées se penchent sur un berceau. La première donne la beauté, la deuxième l'esprit, la troisième la grâce — et la vieille, qu'on avait oubliée d'inviter, donne la mort par un fuseau.
L'exercice 1 est un tableau à deux entrées : pour chaque fait, dire s'il existe chez nous, puis expliquer pourquoi. Un don de fée n'existe pas ; une invitée vexée d'avoir été oubliée, si.
L'exercice 2 est un QCM de trois questions sur le sommeil de cent ans : lequel des deux faits n'existe pas chez nous, quelle règle il enfreint, et à quelle ligne on le lit. Les règles proposées sont trois des cinq de la liste.
Le dernier exercice demande par écrit ce que le chapitre vise : ce récit pourrait-il arriver, quelle règle il ne respecte pas, et ce qui, au contraire, arriverait très bien chez nous.
L'extrait compte quinze lignes ; les quatre faits relevés tombent aux lignes 1, 5, 11 et 14.
- Un tableau
- Un QCM
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2 sur 5
Fiche 2 — des bêtes qui font des projets
Un âne trop vieux part se faire musicien. En chemin, il rencontre un chien qui lui raconte sa vie.
Un âne trop vieux pour servir s'échappe et prend la route de Brême, où il compte se faire musicien de la ville. En chemin, un chien de chasse lui raconte sa vie.
L'exercice 1 est un QCM de trois questions. La question écrite qui suit porte sur le départ du conte : un maître qui veut se défaire d'une bête trop vieille, cela arrive chez nous.
L'exercice 2 fait relier deux passages à ce qu'il faut en dire. Le chien qui répond n'existe pas chez nous ; sa fatigue, elle, est parfaitement ordinaire.
C'est le récit où les deux sortes sont le plus mêlées : ordinaire, impossible, ordinaire, impossible, dans cet ordre. Un élève qui aurait retenu que le merveilleux arrive toujours en premier se tromperait ici deux fois.
Le dernier exercice demande le classement par écrit : ce récit pourrait-il arriver, quelle règle il ne respecte pas, et ce qui, au contraire, se produirait très bien chez nous. C'est la question du chapitre, et elle ne se pose dans aucun schéma : un tri la poserait pour les quatre éléments d'un coup, et donnerait la réponse de l'exercice voisin.
Traduction de Frédéric Baudry, Hachette 1864 — libre depuis longtemps.
- Un QCM
- Une association
- Rédiger
3 sur 5
Fiche 3 — une maison qui disparait
Rosalie a ouvert la porte défendue. La maisonnette s’efface, et une souris grise se met à lui parler.
Rosalie a ouvert la porte que son père lui défendait. La maisonnette s'efface en un instant, la clef reste dans sa main, et une souris grise se met à rire d'une petite voix discordante.
L'exercice 1 fait relier deux passages à ce qu'il faut en dire, et la question écrite porte sur le mot « au même moment » : une maison peut être démolie chez nous, pas s'effacer d'un coup.
L'exercice 2 est une chasse à l'erreur. La copie de Chloé donne une règle qui existe — mais ce n'est pas celle-là : ici, c'est une souris qui parle.
Le dernier exercice demande le classement par écrit, et c'est le seul endroit où la question du chapitre se pose entièrement : quelles choses ce récit contient-il que notre monde n'a pas, quelle règle chacune enfreint, et laquelle, au contraire, arriverait très bien.
Rosalie ouvre une porte défendue : c'est le départ le plus ordinaire qui soit, et tout ce qui suit découle de là.
Comtesse de Ségur, Nouveaux Contes de fées, Hachette 1896.
- Une association
- Une chasse à l'erreur
- Rédiger
4 sur 5
Fiche 4 — un pays où tout est minuscule
Cinq mille charpentiers, vingt-deux roues, quinze cents chevaux hauts de quatre pouces : tout est vrai, sauf la taille.
Cinq mille charpentiers, un chariot à vingt-deux roues, quatre-vingt perches, neuf cents hommes aux poulies, quinze cents chevaux. Tout est vrai, sauf la taille.
L'exercice 1 est une chasse à l'erreur, et la question écrite porte sur ce qui, dans ce déploiement, reste ordinaire : les poulies, les cordes, les perches.
L'exercice 2 est une carte mentale à compléter : le classement, la règle ou la raison, et la ligne. Gulliver dort pendant qu'on le hisse — cela, on le peut.
C'est le seul récit de voyage des dix, et le seul dont le sujet s'imprime sur trois pages : l'extrait est le plus long du corpus, vingt lignes.
Le dernier exercice demande le classement par écrit. Il est instructif ici plus qu'ailleurs : tout ce que Swift raconte est technique, mesuré, crédible — et pourtant rien n'existe chez nous, parce qu'une seule règle est enfreinte du début à la fin.
Traduction de l'abbé Desfontaines, édition Hiard de 1832.
- Une chasse à l'erreur
- Une carte mentale
- Rédiger
5 sur 5
Fiche 5 — une enfant haute d’un pouce
Un grain d’orge planté dans un pot, une tulipe qui s’ouvre d’un coup, et dedans une petite fille grande comme le pouce.
Une femme veut un enfant. Une sorcière lui vend un grain d'orge pour douze sous. Elle le plante, une tulipe s'ouvre d'un coup, et dedans se tient une petite fille haute d'un pouce.
L'exercice 1 est une carte mentale à compléter, et la question écrite porte sur les douze sous : un geste de tous les jours, posé au milieu d'un conte qui ne l'est pas.
L'exercice 2 est un tableau à deux entrées. La question écrite porte sur la coque de noix : ce n'est pas la coque qui est impossible, c'est la taille de l'enfant.
Le dernier exercice demande le classement par écrit : ce récit pourrait-il arriver, quelle règle il ne respecte pas, et ce qui, au contraire, se produirait très bien chez nous.
Deux choses seulement, sur les quatre relevées, sortent du monde ordinaire — c'est la proportion de tous les récits de ces deux articles, et la couverture de l'évaluation la montre bande par bande.
Traduction de David Soldi, Hachette 1876.
- Une carte mentale
- Un tableau
- Rédiger
Compétences travaillées
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Ce qui n'existe pas chez nous
Deux choses par récit, chacune à une ligne qu'on peut citer.
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La règle enfreinte
Cinq règles, une liste fermée : dire laquelle, pas seulement « c'est impossible ».
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Ce qui pourrait arriver
La moitié de ce qu'on lit dans un conte appartient au monde ordinaire.
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La ligne qui le prouve
Une réponse juste sans renvoi au texte ne vaut qu'une partie des points.
Ce que le cours moyen a à faire, et ce qu'il n'a pas à faire
Le programme de 2025 demande au cours moyen de « découvrir des mondes imaginaires » et d'explorer « la peur, le désir d'évasion et la curiosité pour l'inexplicable ». Il ne demande nulle part de distinguer le merveilleux du fantastique.
Cette distinction-là est l'objet de la quatrième, et ce site la traite déjà : l'évaluation sur Le Horla emploie « surnaturel » neuf fois et « merveilleux » quatre. La refaire en CM1 aurait été enseigner deux fois la même chose, plus tôt et moins bien.
Reconnaitre ce qu'un récit contient que le monde ordinaire n'a pas est un autre travail. Il ne demande aucun vocabulaire savant : il demande de lire, et de comparer ce qu'on lit à ce qu'on connait.
Cinq règles, et une liste fermée
Dire « ce n'est pas possible » ne s'évalue pas. Dire « les bêtes ne parlent pas », si. Chaque chose impossible relevée dans ces dix récits nomme donc la règle qu'elle enfreint, et cette règle est prise dans une liste de cinq : les bêtes et les arbres ne parlent pas ; un objet ne se remplit ni ne se transforme tout seul ; on ne change pas de taille, et on ne dort pas cent ans ; on ne donne pas une qualité ni un destin par un souhait ; un lieu n'apparait ni ne disparait.
La liste est fermée, et c'est ce qui rend la correction possible. Un élément qui en enfreindrait une sixième serait refusé par le module : il n'y a pas de case « autre » où ranger ce qu'on n'a pas su nommer.
Les cinq fiches d'exercices enfreignent les cinq règles, et aucun récit n'en enfreint plus de deux. Un conte n'est pas un endroit où tout est permis : il choisit ce qu'il déplace.
La moitié d'un conte pourrait arriver
C'est ce que ces fiches font découvrir, et ce que la couverture des évaluations montre : sur quatre choses relevées dans chaque récit, deux appartiennent au monde ordinaire. Un maître qui veut se défaire d'un âne trop vieux, une femme qui paie douze sous, des bûcherons dans la forêt, une auberge pleine un soir.
Et elles ne sont pas rangées au même endroit d'un récit à l'autre. Chez Riquet, l'impossible ouvre le texte ; chez le pêcheur, il n'arrive qu'à la fin. Un élève qui trierait par position se tromperait quatre fois sur cinq.
C'est aussi ce qui rend ces contes lisibles : le merveilleux ne se remarque que parce que tout le reste est ordinaire.
Méthode et vérification
Aucun des dix extraits n'est retapé. Chacun est découpé dans l'édition citée, rapatriée de Wikisource, par sa première et sa dernière phrase, puis comparé au nombre de paragraphes relevé en lisant la page. Le reste est calculé. Chaque récit déclare quatre éléments, chacun cité au caractère près : deux qui n'existent pas chez nous, deux qui pourraient très bien arriver. Un élément impossible ne se contente pas de l'être : il nomme la règle du monde ordinaire qu'il enfreint, prise dans une liste fermée de cinq — un élément qui en enfreindrait une sixième est refusé, faute d'endroit où le ranger sans mentir. Deux de chaque, et non un seul : les deux exercices d'une fiche se partagent les quatre éléments, et chaque part doit porter un impossible et un possible, sans quoi le second exercice reposerait le travail du premier. C'est ce contrôle qui a écarté La Princesse sur un pois, magnifique et sans emploi ici : le conte ne porte qu'un seul prodige. Les numéros de ligne que les corrigés donnent viennent du repli réel du texte dans la fiche, et sont relus ensuite dans les vingt PDF produits.