Ce qu'on note, et ce qu'on ne note pas
Ces cinq évaluations notent ce que le texte contient : ce qui n'existe pas chez nous, la règle du monde ordinaire que cela enfreint, ce qui pourrait au contraire très bien arriver, et la ligne où on le lit.
Elles ne notent jamais si l'élève aime les contes. Le programme demande une lecture, et une lecture se vérifie ; il n'attribue pas de points à un goût.
Les cinq récits ne rangent pas leurs quatre faits dans le même ordre : quatre arrangements différents sur cinq bandes. Un élève qui trierait par position se tromperait.
1 sur 5
Évaluation 1 — un esprit qui se donne
Une fée promet de l’esprit au plus laid des enfants, et le pouvoir d’en donner à qui il épousera.
Une reine a un fils si laid qu'on doute qu'il ait forme humaine. Une fée promet qu'il aura beaucoup d'esprit — et qu'il pourra en donner autant à celle qu'il épousera.
L'exercice 1 est un tableau à deux entrées : pour chaque fait, dire s'il existe chez nous et pourquoi. La question écrite oppose ce qui s'est déjà vu — un enfant qui parle très tôt — à ce qui ne s'est jamais vu.
L'exercice 2 fait relier deux passages à ce qu'il faut en dire, et demande de recopier celui qui n'existe pas chez nous avec son numéro de ligne.
C'est le seul des cinq récits où les deux choses impossibles ouvrent le texte : les deux dons de la fée arrivent avant tout le reste, et l'ordinaire vient ensuite.
Le dernier exercice demande le classement par écrit : ce récit pourrait-il arriver chez nous, quelle règle il ne respecte pas, et ce qui, au contraire, se produirait très bien. C'est la question du chapitre, et elle ne se pose dans aucun schéma.
L'extrait fait dix-neuf lignes ; les deux dons se lisent avant la sixième.
- Un tableau
- Une association
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2 sur 5
Évaluation 2 — un loup qui pose des questions
Une galette, un pot de beurre, un bois — et un loup qui demande poliment où l’on va.
Une galette, un petit pot de beurre, un bois à traverser. Le loup demande poliment où va la petite fille, et lui propose de faire la course par deux chemins.
L'exercice 1 fait relier deux passages à ce qu'il faut en dire. La question écrite porte sur un détail rarement remarqué : la petite fille répond au loup sans s'étonner.
L'exercice 2 est une carte mentale à compléter — classement, raison, ligne — et la question écrite porte sur les noisettes cueillies en chemin, qui n'ont rien de merveilleux.
Le dernier exercice demande le classement par écrit : ce récit pourrait-il arriver chez nous, quelle règle il ne respecte pas, et ce qui, au contraire, se produirait très bien.
L'extrait s'arrête avant l'arrivée chez la mère-grand. Ce qu'il montre suffit : un loup qui parle, un loup qui propose une course, une mère qui fait cuire des galettes, une enfant qui s'attarde à cueillir des noisettes.
L'extrait s'arrête avant l'arrivée chez la mère-grand : ce qui suit n'est pas nécessaire à la question posée.
- Une association
- Une carte mentale
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3 sur 5
Évaluation 3 — un arbre qui avertit
Un chêne de cinq cents ans, frappé plusieurs fois par la foudre, et une voix qui crie « Va-t’en vite ! ».
Un chêne de cinq cents ans, frappé plusieurs fois par la foudre, s'est refait une tête. On dit qu'il parlait, et qu'une voix criait « Va-t'en vite ! » à ceux qui s'abritaient dessous.
L'exercice 1 est une carte mentale à compléter. La question écrite oppose ce qui arrive vraiment — la foudre sur un grand arbre — à ce qui n'arrive pas.
L'exercice 2 est un QCM de trois questions sur la voix qui crie. La question écrite porte sur les villageois qui n'y croient plus guère : oublier une vieille histoire est ordinaire.
C'est le récit dont la bande est la plus mêlée : ordinaire, impossible, ordinaire, impossible. Aucun autre des cinq ne range ses quatre faits ainsi.
Le dernier exercice demande le classement par écrit : ce récit pourrait-il arriver chez nous, quelle règle il ne respecte pas, et ce qui, au contraire, se produirait très bien.
George Sand, Contes d'une grand'mère, Calmann-Lévy 1906.
- Une carte mentale
- Un QCM
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4 sur 5
Évaluation 4 — une table qui se couvre seule
Un apprenti menuisier reçoit de son maître une petite table en bois commun. Il suffit de lui parler.
Un apprenti menuisier reçoit de son maître, pour sa tournée, une petite table en bois commun. Il suffit de lui dire « Table, couvre-toi ».
L'exercice 1 est un QCM de trois questions, et la question écrite sépare le cadeau — ordinaire — de ce que ce cadeau fait, qui ne l'est pas.
L'exercice 2 est une chasse à l'erreur. La copie de Bilal range du bon côté un fait qui n'y est pas : des plats qui se remplacent tout seuls n'arrivent pas chez nous.
Comme Gulliver, ce récit s'imprime sur trois pages : l'extrait est long, et les quatre faits sont espacés sur dix-huit lignes.
Le dernier exercice demande le classement par écrit : ce récit pourrait-il arriver chez nous, quelle règle il ne respecte pas, et ce qui, au contraire, se produirait très bien.
Traduction de Frédéric Baudry, Hachette 1864.
- Un QCM
- Une chasse à l'erreur
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5 sur 5
Évaluation 5 — un poisson qui demande la vie
Un pêcheur, une cahute, une ligne jetée tous les jours — et une barbue qui se dit prince enchanté.
Un pêcheur, une cahute au bord de la mer, une ligne jetée tous les jours. Un jour, la prise parle : ce n'est pas une vraie barbue, c'est un prince enchanté.
L'exercice 1 est une chasse à l'erreur, et la question écrite demande de recopier le passage où le poisson dit ce qu'il est, avec son numéro de ligne.
L'exercice 2 est un tableau à deux entrées. La question écrite porte sur le pêcheur, qui trouve normal de relâcher un poisson qui parle.
C'est le récit qui commence le plus ordinairement : les deux premières choses relevées appartiennent toutes deux au monde de tous les jours, et le merveilleux n'arrive qu'ensuite.
Le dernier exercice demande le classement par écrit : ce récit pourrait-il arriver chez nous, quelle règle il ne respecte pas, et ce qui, au contraire, se produirait très bien.
L'extrait s'arrête avant les souhaits de la femme : la question posée n'en a pas besoin.
- Une chasse à l'erreur
- Un tableau
- Rédiger
Compétences travaillées
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Ce qui n'existe pas chez nous
Deux choses par récit, chacune à une ligne qu'on peut citer.
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La règle enfreinte
Cinq règles, une liste fermée : dire laquelle, pas seulement « c'est impossible ».
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Ce qui pourrait arriver
La moitié de ce qu'on lit dans un conte appartient au monde ordinaire.
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La ligne qui le prouve
Une réponse juste sans renvoi au texte ne vaut qu'une partie des points.
Ce que le cours moyen a à faire, et ce qu'il n'a pas à faire
Le programme de 2025 demande au cours moyen de « découvrir des mondes imaginaires » et d'explorer « la peur, le désir d'évasion et la curiosité pour l'inexplicable ». Il ne demande nulle part de distinguer le merveilleux du fantastique.
Cette distinction-là est l'objet de la quatrième, et ce site la traite déjà : l'évaluation sur Le Horla emploie « surnaturel » neuf fois et « merveilleux » quatre. La refaire en CM1 aurait été enseigner deux fois la même chose, plus tôt et moins bien.
Reconnaitre ce qu'un récit contient que le monde ordinaire n'a pas est un autre travail. Il ne demande aucun vocabulaire savant : il demande de lire, et de comparer ce qu'on lit à ce qu'on connait.
Cinq règles, et une liste fermée
Dire « ce n'est pas possible » ne s'évalue pas. Dire « les bêtes ne parlent pas », si. Chaque chose impossible relevée dans ces dix récits nomme donc la règle qu'elle enfreint, et cette règle est prise dans une liste de cinq : les bêtes et les arbres ne parlent pas ; un objet ne se remplit ni ne se transforme tout seul ; on ne change pas de taille, et on ne dort pas cent ans ; on ne donne pas une qualité ni un destin par un souhait ; un lieu n'apparait ni ne disparait.
La liste est fermée, et c'est ce qui rend la correction possible. Un élément qui en enfreindrait une sixième serait refusé par le module : il n'y a pas de case « autre » où ranger ce qu'on n'a pas su nommer.
Les cinq fiches d'exercices enfreignent les cinq règles, et aucun récit n'en enfreint plus de deux. Un conte n'est pas un endroit où tout est permis : il choisit ce qu'il déplace.
La moitié d'un conte pourrait arriver
C'est ce que ces fiches font découvrir, et ce que la couverture des évaluations montre : sur quatre choses relevées dans chaque récit, deux appartiennent au monde ordinaire. Un maître qui veut se défaire d'un âne trop vieux, une femme qui paie douze sous, des bûcherons dans la forêt, une auberge pleine un soir.
Et elles ne sont pas rangées au même endroit d'un récit à l'autre. Chez Riquet, l'impossible ouvre le texte ; chez le pêcheur, il n'arrive qu'à la fin. Un élève qui trierait par position se tromperait quatre fois sur cinq.
C'est aussi ce qui rend ces contes lisibles : le merveilleux ne se remarque que parce que tout le reste est ordinaire.
Méthode et vérification
Aucun des dix extraits n'est retapé. Chacun est découpé dans l'édition citée, rapatriée de Wikisource, par sa première et sa dernière phrase, puis comparé au nombre de paragraphes relevé en lisant la page. Le reste est calculé. Chaque récit déclare quatre éléments, chacun cité au caractère près : deux qui n'existent pas chez nous, deux qui pourraient très bien arriver. Un élément impossible ne se contente pas de l'être : il nomme la règle du monde ordinaire qu'il enfreint, prise dans une liste fermée de cinq — un élément qui en enfreindrait une sixième est refusé, faute d'endroit où le ranger sans mentir. Deux de chaque, et non un seul : les deux exercices d'une fiche se partagent les quatre éléments, et chaque part doit porter un impossible et un possible, sans quoi le second exercice reposerait le travail du premier. C'est ce contrôle qui a écarté La Princesse sur un pois, magnifique et sans emploi ici : le conte ne porte qu'un seul prodige. Les numéros de ligne que les corrigés donnent viennent du repli réel du texte dans la fiche, et sont relus ensuite dans les vingt PDF produits.