Ce que ces évaluations mesurent
Juger une affirmation et la prouver en citant, reconnaitre qui parle dans un dialogue, suivre l'ordre d'un récit, et comprendre ce qu'un narrateur ajoute quand il plaint son monstre.
Chaque sujet porte son passage entier et la situation nécessaire pour le comprendre : rien n'y suppose la lecture de l'œuvre complète.
Les cinq couples de formats sont ceux que l'article d'exercices n'emploie pas.
1 sur 5
Évaluation 1 — le monstre et son troupeau
Un géant qui trait ses brebis avant d'épouvanter des hommes.
Le passage se lit en deux temps. D'abord un travail de berger : le Cyclope rentre ses bêtes, les trait, fait cailler le lait, range les agneaux sous leurs mères. Ensuite le monstre : une pierre que vingt-deux chars ne remueraient pas, et une voix qui épouvante.
L'ordre des choses compte, et le tableau le fait vérifier. Le Cyclope ne voit les Grecs qu'APRÈS avoir fini son travail — et la première chose qu'il fait alors n'est pas de les dévorer, c'est de leur demander qui ils sont.
Dire « faux » ne suffit pas : chaque affirmation demande le passage qui la tranche. C'est ce qui empêche de répondre au hasard, et ce qui fait relire le texte.
La dernière question porte sur le mélange lui-même : pourquoi un monstre qui travaille comme un homme est-il plus inquiétant qu'un monstre qui ne ferait que rugir ?
Il ne voit les Grecs qu'après avoir fini son travail.
- Huit cases à remplir
- Trois copies à corriger
- Un monstre qui travaille
2 sur 5
Évaluation 2 — deux voix dans la maison de l'Ogre
Il flaire, il menace, il ordonne — puis il dit « Tu as raison ».
Un monstre peut avoir une maison. L'Ogre rentre chez lui, demande si le souper est prêt, se met à table. Il a une femme, et il lui parle.
Deux voix se répondent dans tout le passage : l'Ogre flaire, menace, ordonne ; sa femme ment, discute, gagne du temps. Le tri fait ranger six répliques selon celui qui les prononce.
Il est cruel, et le texte le dit — « le plus cruel de tous les ogres ». Il menace même sa femme de la manger.
Et pourtant il cède. Quand elle lui rappelle qu'il a encore un veau, deux moutons et la moitié d'un cochon, il répond : « Tu as raison. » La dernière question porte sur cette contradiction, et le corrigé accepte toute explication appuyée sur le passage.
Ce qu'il accorde n'est pas la vie, c'est une nuit.
- Quatre copies à corriger
- Six répliques à ranger
- Le plus cruel des ogres, et sa femme
3 sur 5
Évaluation 3 — ce qu'on dit de soi
Le monstre se croit stupide ; la jeune fille le contredit.
Ce monstre-là parle de lui-même, et il se juge durement : il se dit laid, sans esprit, « un stupide ». Peu de monstres en font autant.
La Belle, elle, le contredit point par point : on n'est pas bête quand on croit n'avoir point d'esprit, il ne lui parait plus si laid, et elle est contente de son bon cœur. Le tri fait ranger six passages selon celui qui les dit.
Puis vient la demande en mariage, et le refus. Le monstre ne se venge pas : il veut soupirer, ne réussit qu'un sifflement épouvantable malgré lui, dit tristement adieu et sort en se retournant pour la regarder encore.
C'est là que la peur devient pitié, et la dernière question porte sur ce renversement : pourquoi plaint-on le monstre plutôt que la jeune fille ?
Le monstre est celui qui sort blessé de la scène.
- Six passages à ranger
- Trois lignes à cocher
- Pourquoi on plaint le monstre
4 sur 5
Évaluation 4 — quatre surnoms pour un seul homme
Il se tait, la foule crie, et le narrateur le plaint.
Celui-ci ne dit pas un mot, et il ne fait peur à personne. La foule l'acclame et le couronne pape des fous parce qu'il est le plus laid : on ne le craint pas, on le regarde.
Elle lui jette quatre surnoms — le sonneur de cloches, le bossu de Notre-Dame, le borgne, le bancal — et chacun désigne une partie de lui ou son métier. L'association les fait rendre à ce qu'ils nomment.
Le narrateur, lui, ne se moque pas. Il reconnait à Quasimodo « je ne sais quelle allure redoutable de vigueur, d'agilité et de courage », puis l'appelle « le pauvre diable ».
La dernière question porte sur ces trois mots : ils retournent la scène, et la même laideur devient un malheur au lieu d'un spectacle.
Quatre surnoms, et pas un mot en réponse.
- Quatre lignes à cocher
- Trois surnoms à relier
- Trois mots du narrateur
5 sur 5
Évaluation 5 — la nuit du combat
Le monstre rit, attend, et laisse souffler sa proie.
Un loup qui rit n'est plus tout à fait un loup. Celui-ci s'assied, regarde la petite chèvre, se met à rire méchamment, puis lui parle. Un animal ne fait ni l'un ni l'autre.
Il prend son temps, et c'est pire : « Comme il savait bien qu'il la mangerait, le loup ne se pressait pas. » Il est si sûr de gagner qu'il peut attendre — et le narrateur l'appelle alors « le monstre ».
La nuit se déroule en plusieurs moments : le bruit de feuilles, le rire, le combat, les trêves. Le tableau les fait suivre dans l'ordre du texte, et un contrôle vérifie que cet ordre est bien celui du passage.
Reste une question de lecture fine : le narrateur s'adresse à quelqu'un — « je ne mens pas, Gringoire ». Que fait cette adresse au récit ?
Il laisse à sa proie le temps de souffler.
- Quatre passages à relier
- Six cases à remplir
- Celui qui raconte
Compétences travaillées
-
Prouver par le texte
Dire « vrai » ou « faux » ne suffit pas : il faut recopier le passage qui le montre.
-
Reconnaitre qui parle
Dans un dialogue, « dit l'Ogre » et « reprit la Belle » désignent d'eux-mêmes celui qui prononce la réplique.
-
Suivre l'ordre du récit
Un tableau chronologique se remplit en relisant le passage du début à la fin, moment par moment.
-
Un surnom désigne quelque chose
Le borgne, le bancal, le bossu, le sonneur de cloches : quatre surnoms, quatre parties d'un même homme.
Cinq évaluations, cinq passages, aucune tâche reprise
Les cinq passages sont ceux des fiches d'exercices, mais aucune tâche ne l'est. Là où les exercices faisaient trier les gestes du Cyclope entre berger et monstre, l'évaluation demande de juger quatre affirmations et de citer le passage qui tranche.
Les cinq couples de formats sont les cinq couples complémentaires de ceux des exercices, et un contrôle compare les deux articles avant de produire. Un élève qui a fait les exercices ne retrouve donc pas la même épreuve sous un autre titre.
Chaque sujet vaut vingt points, et chaque corrigé porte le détail du barème.
Un tableau où l'on doit citer, et qui ne s'alterne pas
Deux sujets demandent de dire « vrai » ou « faux » PUIS de recopier le passage qui le prouve. La seconde colonne empêche de répondre au hasard : il faut retrouver la phrase.
Un piège reste possible, et il a été fermé. Si les verdicts s'alternaient — vrai, faux, vrai, faux —, l'élève remplirait la colonne sans lire une ligne. Un contrôle refuse désormais toute alternance, et il a servi : il a rejeté une première version des fiches d'exercices.
Les affirmations fausses ne sont pas des inventions. Elles reprennent les erreurs qu'on fait vraiment sur ces passages : croire que le Cyclope dévore les Grecs dès qu'il les voit, ou que les Grecs se cachent en l'entendant parler.
Méthode et vérification
Cette évaluation ne mesure que ce qui se lit ou se prouve. Deux sujets emploient le même tableau exigeant : une affirmation, « vrai » ou « faux », PUIS le passage qui le montre — dire non ne suffit pas, il faut retrouver la phrase et la recopier. Un contrôle exige que chacun de ces tableaux porte au moins une affirmation vraie et une fausse, et que les verdicts N'ALTERNENT PAS : sans cela l'élève remplirait la colonne en alternant, sans lire une ligne. Le même contrôle a d'ailleurs refusé une première version des fiches d'exercices, où les verdicts se suivaient un sur deux. Chaque réponse attendue est cherchée dans le passage caractère par caractère avant que le sujet ne soit produit, et le tableau chronologique de l'évaluation 5 est vérifié dans l'ORDRE du texte : ses trois moments doivent apparaitre dans cet ordre-là, sinon l'élève chercherait au hasard. Les cinq couples de formats sont les cinq couples complémentaires de ceux des exercices, et un contrôle compare les deux articles pour le garantir. Les deux questions qui ouvrent sur un jugement sont notées sur la justification, et leurs corrigés le disent. Tout est en noir et blanc : une évaluation s'imprime et se photocopie.
- Programme de français pour le cycle 3, arrêté du 10 avril 2025 (BO nº 16 du 17 avril 2025), partie « Culture littéraire et artistique », entrée de la classe de sixième « Rencontrer des monstres : expérience de l'autre, expérience de soi ». La notice demande de découvrir « la part d'humanité d'un personnage monstrueux inspirant la peur ou la compassion », de « dégager la visée éducative d'un conte ou d'un récit », et de prendre conscience de « la permanence de la figure du monstre à travers les âges ». Les cinq passages viennent de fr.wikisource.org et sont tous dans le domaine public : Charles Perrault depuis 1774, Jeanne-Marie Leprince de Beaumont depuis 1851, Victor Hugo depuis 1956, Leconte de Lisle — traducteur d'Homère — depuis 1965, et Alphonse Daudet depuis 1968.