La question que le chapitre ne pose jamais
On apprend en troisième que le cosinus d'un angle est le quotient du côté adjacent par l'hypoténuse. On apprend à s'en servir. On n'apprend presque jamais pourquoi cette phrase a un sens — car enfin, dans quel triangle ?
La réponse est que le triangle n'a pas d'importance. Tous les triangles rectangles ayant un angle de 35° ont aussi, forcément, un angle de 55° : ils ont donc les mêmes angles, ils sont semblables, et leurs côtés sont proportionnels. Agrandir l'un pour obtenir l'autre multiplie les deux longueurs du quotient par le même nombre — et le quotient, lui, ne bouge pas.
C'est pour cela qu'on peut écrire cos(35°) sans rien préciser d'autre. Sans ce fait, l'écriture ne désignerait aucun nombre. Il fait le lien, que le programme demande d'établir, entre la trigonométrie et la proportionnalité.
Les quatre autres fiches tirent le reste du fil : les valeurs qu'on peut écrire exactement plutôt que de les lire sur une calculatrice, le repérage des rôles fait sans un seul calcul, les contrôles qui repèrent un résultat impossible en une seconde, et la règle de l'arrondi — une seule fois, à la fin.
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Pourquoi le rapport ne dépend que de l'angle
Trois triangles de tailles différentes, un seul quotient.
Trois triangles rectangles ayant le même angle aigu de 35°, d'hypoténuses 4, 6 et 10 cm, tracés à la même échelle. Il faut établir qu'ils sont semblables sans rien mesurer, dire ce que la similitude implique pour leurs côtés, et en déduire que leurs quotients sont égaux.
L'échelle commune n'est pas un détail : tracés chacun à sa case, les trois paraitraient de même taille et la fiche démontrerait l'inverse de son propos.
Un programme de calcul en cinq étapes suit la chaine du raisonnement : on part d'un triangle rectangle, on multiplie ses trois côtés par un nombre, les angles ne changent pas, le quotient est multiplié puis divisé par ce même nombre, il ne change donc pas. Une étape emploie explicitement le fait qu'un agrandissement laisse les angles intacts — sans elle, le nouveau triangle n'aurait plus le bon angle.
Le dernier exercice porte sur l'écriture elle-même. Pourquoi n'écrit-on pas « le cosinus de l'angle B du triangle ABC » ? Et le cosinus est-il une longueur ? Non : c'est un quotient de deux longueurs, donc un nombre sans unité — diviser des centimètres par des centimètres fait disparaitre l'unité.
Multiplier deux côtés sur trois déforme le triangle au lieu de l'agrandir : c'est la proportionnalité des trois qui fait tenir l'ensemble.
- Semblables
- Proportionnels
- Le quotient survit
- cos(35°)
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Les valeurs exactes
30°, 45°, 60° : des fractions et des racines, pas des décimales.
Un tableau donne les neuf valeurs exactes des trois angles remarquables : des fractions comme un demi, et des racines carrées comme racine de deux sur deux. Aucune n'est un arrondi.
Deux régularités sautent aux yeux quand on les lit l'une sous l'autre. Le sinus de 30° est le cosinus de 60°, et réciproquement : ces deux angles sont complémentaires, et l'adjacent de l'un est l'opposé de l'autre. Et le sinus de 45° égale son cosinus, parce qu'un triangle rectangle ayant un angle de 45° a aussi un second angle de 45° : il est isocèle, ses deux côtés de l'angle droit sont égaux.
D'où la tangente de 45°, qui vaut exactement 1 : c'est le quotient de deux longueurs égales. Une tangente égale à 1 signale toujours un triangle rectangle isocèle.
Ces valeurs servent surtout à contrôler sa calculatrice. Un élève qui tape sinus de 30 et ne lit pas un demi sait immédiatement qu'elle est en radians. Avec 35°, il ne saurait pas ce qu'il devrait lire, et n'importe quel nombre entre 0 et 1 lui semblerait plausible.
Un contrôle n'est utile que si l'on connait d'avance ce qu'on doit trouver.
- 30°
- 45°
- 60°
- Contrôler sa calculatrice
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Choisir sa ligne sans calculer
Quatre situations à relier à leur ligne — aucun calcul demandé.
Quatre situations décrites par les seuls rôles en jeu : on connait tel côté, on cherche tel autre. Il faut relier chacune à la ligne qui la traite, sans écrire un seul nombre.
Deux des quatre partagent leur ligne, et c'est le point de la fiche : la ligne dépend du COUPLE de rôles, pas du sens dans lequel on le parcourt. Ce qui change entre les deux est seulement lequel des deux côtés est connu — et donc, plus tard, si l'on multipliera ou si l'on divisera.
Un tri range ensuite six outils selon que l'hypoténuse y intervient ou non. Le sinus, le cosinus et le théorème de Pythagore l'exigent ; la tangente, la somme des deux angles aigus et une mesure au rapporteur s'en passent. Sur le terrain, où l'on mesure une distance au sol et une hauteur mais jamais la ligne de visée, c'est la seconde colonne qui sert.
Le dernier exercice corrige deux phrases fausses d'un mot chacune. « Le sinus, c'est le côté opposé divisé par l'hypoténuse » : il manque de quel angle. « On applique la trigonométrie au triangle » : il manque que le triangle est rectangle.
Le choix de la ligne et le sens du calcul sont deux décisions distinctes, prises l'une après l'autre.
- Les rôles
- Le couple
- Avec hypoténuse
- Sans hypoténuse
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Contrôler son résultat
Cinq copies, trois fausses — et trois contrôles qui les attrapent sans calcul.
Le même triangle rectangle traité par cinq copies. Trois sont fausses, pour trois raisons différentes, et chacune se repère sans refaire le moindre calcul.
La première trouve une longueur supérieure à l'hypoténuse : impossible, puisqu'un côté de l'angle droit est toujours plus court qu'elle. La deuxième emploie un sinus de 1,4 : impossible aussi, puisqu'un sinus est un quotient dont le dénominateur est le plus grand côté. La troisième divise un angle par une longueur, ce qui ne veut rien dire.
Une liste récapitule les quatre contrôles gratuits du triangle rectangle. Aucun ne prouve qu'un résultat est juste — ils écartent seulement l'impossible. Un résultat qui les passe tous reste vraisemblable, pas démontré, et c'est une distinction qui vaut bien au-delà de ce chapitre.
Le dernier exercice fait juger deux ordres de grandeur de tête. L'angle de 45° partage les cas : au-dessous, la tangente est plus petite que 1 et la hauteur est plus petite que la distance ; au-dessus, c'est l'inverse. Ce raisonnement donne le bon ordre de grandeur avant tout calcul.
Un contrôle dit qu'il y a une erreur ; il ne dit pas toujours laquelle des deux valeurs est fausse.
- Plus court que l'hypoténuse
- Entre 0 et 1
- Somme à 90°
- L'ordre de grandeur
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Arrondir, et dire de combien on répond
Le même résultat écrit trois fois : exact, approché, et faux.
Une hauteur calculée dans un triangle rectangle, écrite de trois manières. La valeur exacte, qui ne perd rien et dont on peut tirer plus tard n'importe quelle précision. La valeur approchée, avec son signe d'approximation. Et la valeur fausse, obtenue en arrondissant le sinus avant de multiplier.
L'écart entre les deux dernières est visible dès le dixième, et il n'est pas dû au hasard : l'erreur commise sur le sinus est multipliée par la longueur, ce qui la rend lisible sur le résultat. Multiplier un arrondi, c'est multiplier aussi son erreur.
Un document précise ce que demande réellement un énoncé qui dit « au dixième près » : un résultat écrit avec un chiffre après la virgule, et un calcul mené sans arrondi intermédiaire. Arrondir en cours de route puis annoncer une précision au dixième revient à promettre une exactitude qu'on n'a pas.
La fiche se termine sur la rédaction : une conclusion porte l'unité, emploie le signe d'approximation et non le signe égal, et dit ce que le nombre représente. « x = 5,7 » ne répond à aucune question de géométrie.
Écrire un signe égal devant un arrondi est une erreur de fond, pas une négligence d'écriture.
- Exact
- Approché
- Une seule fois
- À la fin
Compétences travaillées
-
Fonder
Le quotient ne dépend que de l'angle, parce que les triangles sont semblables.
-
Connaitre
Les neuf valeurs exactes de 30°, 45° et 60°.
-
Repérer
La ligne se lit sur le couple de rôles, sans un seul calcul.
-
Arrondir
Une seule fois, à la fin, et avec le signe d'approximation.
Ce que la similitude apporte à la trigonométrie
Le chapitre des triangles semblables et celui de la trigonométrie sont enseignés séparément, souvent à plusieurs semaines d'intervalle. Le second repose pourtant entièrement sur le premier, et l'ignorer laisse la trigonométrie sans fondation.
Deux triangles rectangles ayant un même angle aigu ont nécessairement leur troisième angle égal, puisque la somme des angles d'un triangle vaut 180° et que l'un d'eux est déjà fixé à 90°. Ils sont donc semblables au sens exact du terme, et leurs côtés sont proportionnels.
De cette proportionnalité découle tout le reste. Le quotient de deux côtés homologues est le même dans les deux triangles ; il ne dépend donc que de l'angle, et mérite un nom : c'est le sinus, le cosinus ou la tangente de cet angle. La notation cos(35°), qui ne mentionne aucun triangle, n'a de sens que grâce à ce fait.
Le programme de cycle 4 demande explicitement de « faire le lien entre la proportionnalité et certaines configurations ou transformations géométriques », en citant les triangles semblables. La trigonométrie est le lieu où ce lien se paie le plus cher quand il n'est pas fait : l'élève retient trois formules sans savoir de quoi elles parlent.
Pourquoi on n'arrondit qu'une fois
Un calcul de trigonométrie fait presque toujours intervenir une valeur qui n'est pas décimale : un sinus, un cosinus, une racine carrée. On finit donc par arrondir. La question est seulement de savoir quand.
La règle tient en une phrase : on garde la valeur exacte tant qu'on calcule, et l'on arrondit une seule fois, pour écrire la réponse. Arrondir plus tôt introduit une erreur que les opérations suivantes amplifient — multiplier un arrondi par 15, c'est multiplier son erreur par 15.
L'effet se mesure. Sur un calcul en une étape, l'écart entre un résultat juste et le même résultat obtenu avec un sinus arrondi au centième peut déjà se voir au dixième. Sur trois étapes, il peut changer le chiffre que l'énoncé demandait.
Reste la question de l'écriture. Un résultat arrondi ne s'annonce pas avec un signe égal, qui affirmerait une égalité fausse, mais avec un signe d'approximation. Ce n'est pas une convention d'esthète : c'est la différence entre dire ce qu'on sait et dire plus qu'on ne sait.
Méthode et vérification
Contenu produit à partir du programme de mathématiques du cycle 4 : arrêté du 9 novembre 2015 modifié, BOEN n° 31 du 30 juillet 2020, thème D « Espace et géométrie ». L'arrêté du 18 février 2026 refond ce programme, mais son article 3 en échelonne l'entrée en vigueur et la troisième n'est concernée qu'à la rentrée 2028-2029. Le moteur `trigonometrie_3eme` tient les valeurs exactes des angles remarquables sous forme de radicaux rationnels, et les valeurs approchées par les séries du sinus et du cosinus en arithmétique décimale à quarante chiffres, π étant lui-même calculé par la formule de Machin ; il vérifie à l'import que ces deux voies indépendantes coïncident, et refuse d'imprimer un chiffre dont l'arrondi ne serait pas garanti.
- Programme de mathématiques du cycle 4, arrêté du 9 novembre 2015 modifié — BOEN n° 31 du 30 juillet 2020, thème D « Espace et géométrie », connaissances : « Lignes trigonométriques dans le triangle rectangle : cosinus, sinus, tangente. »
- Même programme, thème « Nombres et calculs » : « Faire le lien entre la proportionnalité et certaines configurations ou transformations géométriques (agrandissement réduction, triangles semblables, homothéties). »
- Arrêté du 18 février 2026 fixant les programmes de français et de mathématiques du cycle 4, article 3 : entrée en vigueur échelonnée — cinquième à la rentrée 2026, quatrième à la rentrée 2027, troisième à la rentrée 2028.